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LEVER DE RIDEAU EN DEMI-TEINTE SUR MODE ET FINANCE II

8 février 2010

Beaucoup de beau monde ce matin à l’hôtel de Pomereu, siège historique de la Caisse des dépôts, pour le baptême du deuxième volet de la filiale Patrimoine et création.
Rappelons que Mode et Finance I a été constitué en 1999 à l’initiative de Didier Grumbach et de la regrettée Caroline Joubin pour aider les jeunes créateurs.

didier Grumbach

Didier Grumbach

L’excellente idée de base était, en prenant part à leur capital, de les aider à se mettre en orbite et de se retirer lorsque ces maisons pourraient fonctionner par elles mêmes ou lorsqu’elles auraient trouvé un partenaire financier définitif.

Etrangement, lors de la cérémonie de ce matin, tout le monde avait l’air de s’excuser.

Isabelle Ginestet chargée du fond s’excusa avec charme et élégance de n’avoir pu investir que dans 6 jeunes maisons de mode en dix ans.
Didier Grumbach s’excusa avec classe et lucidité d’avoir concouru à établir des critères trop stricts pour les postulants à ce fond.
Le représentant de Natixis s’excusa brièvement de ne pas connaître le milieu de la mode et de se débarrasser du fond dans les bras de la Caisse des dépôts.
Enfin, Augustin de Romanet de Beaune, sémillant président de la caisse des dépôts s’excusa avec humour et intelligence de n’avoir à investir que 10 millions d’Euros dans la jeune création.

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Augustin de Romanet de Beaune

Décryptage…

Depuis sa création, dotée d’un fond de 8 M Euros, mode etfinance n’a en effet pas atteint son but. Critères trop stricts, candidats trop peu fiables et étrangement, trop rares. Ce fond qui n’a jamais été destiné à gagner de l’argent mais encourager la jeune création a fini par lasser et se lasser. Aujourd’hui, il va tenter l’expérience par la face nord et rafraichir son règlement.
Désormais il acceptera outre les jeunes maisons de mode, les sous-traitants et créateurs d’accessoires, de joaillerie et de parfum.
Ils pourront, après acceptation de leurs dossiers recevoir un investissement de 400 000€ à 1M€ pendant une durée de 7 ans maximum.

Bien entendu, ces sommes pourraient sembler dérisoires dans un monde du luxe ou les chiffres d’affaire se comptent en centaines de millions mais il est de plus en plus rare de trouver des investisseurs dans la mode.

Pourquoi cela ?

Tout d’abord, il est plus difficile de trouver 100 000 € que 10 millions. En dessous de 5 M€, les fonds ne sont pas intéressés à entrer au capital de sociétés. De plus, les investisseurs et les financiers veulent faire fortune vite, vite. Or, « On n’investit pas dans une maison de mode pour 3 ou 4 ans seulement, on y rentre pour du long terme », c’est ce que rappelait ce matin avec clarté AnneValérie Hash.
Ensuite, « Les nouvelles maisons ne naissent pas en période de crise mais en période de croissance » rappela Didier Grumbach. Là aussi, le frein à l’investissement est sévère. Raison, pour laquelle Mode et Finance qui aurait du sortir du capital des maisons dans lesquelles ce fond a investit a décidé élégamment de ne pas les laisser seules dans la tempête.

Enfin, tout ceci n’a d’autre cause que la frilosité des banques françaises à l’égard de la création, Attitude tellement scandaleuse que Christian Estrosi se démène pour leur forcer la main, tout en garantissant par Oséo 80 à 90 % des emprunts contracté par les maisons. Il a promis qu’au printemps une solution aura été trouvée avec les banques.

Pile et face.

Pile: Christian Estrosi : « La créativité est un outil d’accélération à la sortie de crise », des mesures vont être prises pour assouplir les 35 heures pendant les périodes de défilé, et on ne parle plus d’une nouvelle école de mode mais d’un pôle de compétence. On est sur la très bonne voie.

Face : il faudra surveiller avec attention le développement de Mode et Finance II afin qu’il ne s’écarte pas de son but initial. En effet, on sait qu’en ce moment, ce n’est pas tant la mode que les accessoires qui se développent sur le marché. En décidant d’investir dans les créateurs d’accessoires et le parfum, il faudra éviter le saupoudrage cosmétique qui consisterait à se donner bonne mine et bonne conscience et la tentation de faire du chiffre au détriment de l’aide à la création de mode.

Pascal Morand

Pascal Morand

Donnons le mot de la fin à Pascal Morand, ancien directeur de l’IFM et actuel de l’ESCP, qu’on écouterait pendant des heures parler d’économie avec poésie: « Les industries créatives sont emblématiques et sont un laboratoire de l’économie. ». Tellement sensé qu’on devrait lui confier un portefeuille.

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