LE DIABLE ET LE MINISTRE SUITE ET FIN

Elisabeth Quin
He bien voilà, Christian Estrosi, a rencontré aujourd’hui Anna Wintour, rédactrice en chef du Vogue US sous l’égide de la talentueuse et ravissante Elisabeth Quin à la voix de velours.
Le ton a semblé légèrement différent et mesuré par rapport à l’annonce qui avait fait l’effet d’une bombe la semaine dernière.
Néanmoins, il ne s’agit pas d’un pétard mouillé, comme l’annulation de la conférence de presse par Anna Wintour pouvait le laissait supposer.
La diablesse s’est entretenue une demi-heure avec le ministre de l’industrie mais a refusé de donner un point de presse (on peut comprendre) et d’être photographiée (là, ça va un peu loin).
Il n’a pas été question de sauver la jeune création française mais d’échanger sur “divers sujets”.

Anna Wintour
Nous n’en saurons pas plus sur la rencontre, ce qui n’est pas bien grave. En revanche, il est intéressant de s’arrêter sur les propos du ministre concernant le soutien du gouvernement à l’industrie de la mode.
A nouveau: pile les bons projets, face: ceux qu’il faut recadrer.
Pile: le rappel de la charte signée par les maisons de luxe afin de soutenir les façonniers, et la création d’une banque de la mode (dont l’annonce avait été faite lors du dernier salon du PAP). Il semble que le dossier ait avancé puisque le projet, en partenariat avec Oséo et la caisse des dépôts devrait être finalisé fin mars. Vraisemblablement, il s’agira d’une amélioration, qu’on espère sensible, des aides déjà existantes au travers de Mode et Finance dont la puissance de feu a été récemment augmentée de manière importante. Quant à Oséo, les critiques ont été suffisamment puissantes de la part de la filière pour se plaindre de son manque d’implication dans le domaine de la mode et de la jeune création pour que le plus sourd des hommes politiques puisse prétendre ne pas être au courant.
Pile encore : La souplesse demandée à l’inspection du travail par rapport aux dates qui précédent les défilés. En effet, celle-ci semble s’être fait un devoir, voire une habitude, de systématiquement contrôler les maisons de couture la veille de leur défilé lorsque tout le monde est sur le pont.
La plupart des chefs de maisons, dont votre serviteur, se sont ainsi retrouvés, sur les bancs du tribunal correctionnel pour avoir passé ainsi que les couturières, une nuit blanche la veille du défilé. La nuit blanche est une tradition dans les maisons de couture. Les syndicats le savent et ont été jusqu’à soutenir les patrons sur le banc des prévenus. Il n’est que de voir, dans le film de Loïc Prigent sur Jean-Paul Gaultier, passé jeudi dernier sur ARTE, les larmes d’émotion et de fierté des couturières lorsque leurs modèles préparés pendant la nuit passent sur le podium. Comme le disait récemment un ancien ministre: c’est comme mettre un radar sur une piste de Formule Un.
C’est tellement plus facile, n’est ce pas, de harponner une baleine dont on sait à quelle heure elle passe plutôt que d’aller à la pêche aux petits poissons, comme -exemple pris totalement au hasard- les centaines d’ateliers clandestin du sentier chinois… Donnons acte au ministre de cette décision sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir.

Christian Estrosi
Coté face : Christian Estrosi a parlé pour la seconde fois de la création d’une nouvelle école de la mode en France, qui serait l’équivalent de la St Martins school. Et là, l’ensemble de la profession a pourtant déjà donné une réponse négative. Les raisons sont nombreuses.
En premier lieu : pour qu’une école de mode se fasse une réputation internationale, il faut vingt ans. Nous ne les avons pas.
Ensuite : Il y a déjà énormément d’écoles de mode en France, dont une dizaine de haut niveau : Ecole de la chambre syndicale de la Couture, Esmod, Berçot, Chardon-Savard, Ensad, et même Instituto Marangoni, etc… Pour chacune d’entre elle, le savoir-faire existe, c’est le faire-savoir qui n’est pas à la hauteur.
Alors d’où vient le problème ? Tout d’abord d’une faille dans la profession. En effet, en Angleterre, en Italie, (Piattaforma Sistema Formativo Moda) les écoles se regroupent en fédérations ou en plateformes. En France, elles se connaissent à peine et chacune travaille en quasi autarcie. Les défilés de fin d’année ont lieu sur trois semaines, en ordre dispersé. Elles éprouvent les plus grandes difficultés pour trouver des lieux appropriés et y faire venir la profession.
Tout d’abord, il faut les aider à se regrouper tout en respectant la personnalité et la spécificité de chacune ainsi que l’a fait le projet CUMULUS pour les écoles de design. Il y a ensuite une solution bien moins coûteuse et bien plus rapide de mettre nos écoles à niveau avec les plus grandes européennes que d’en créer une nouvelle:
Il suffit de prendre exemple sur l’Angleterre et sa « graduate fashion week » qui existe depuis 20 ans. Chaque année au mois de juin, les écoles de mode présentent chacune leur défilé le même jour, en un même lieu et de la manière qui lui est propre. On convoque les journalistes, les chasseurs de tête, les DRH des maisons et l’événement devient une véritable foire au job.
Le système appliqué à nos écoles avec l’aide de la Ville de Paris et de l’Etat ne couterait pas de somme folle et créerait entre elles une véritable émulation. Après quelques années de collaboration et de compétition confraternelle, il est permis de penser, outre le prestige que Paris en retirerait par ce coup de projecteur, que nous n’aurions plus rien à envier aux autres grandes villes de la Mode.
Avantage, rapidité, coût, efficacité et satisfaction des écoles existantes. Dont acte.
Je profite de cet article pour remercier les lecteurs de plus en plus nombreux de ce blog qui prouve l’intérêt d’une autre lecture du Monde Merveilleux de la Mode.
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Hi. I read a few of your other posts and wanted to know if you would be interested in exchanging blogroll links?
Merci pour cet excellent décryptage. Je vais enfin avoir des choses intelligentes à dire sur la mode.
Enfin un discours clair, des reflexions justes sur notre metier..pourvu que celqa dure et vive Anna Wintour, la fFrance a besoin de lecons!