LA CREATION D’UN MUSEE DES OUTILS DES METIERS D’ART EST ELLE LA MEILLEURE REPONSE A LA RENAISSANCE DE LA HAUTE COUTURE ?
Alexandre Matthieu
Les pouvoirs publics ont récemment pris la mesure de la valeur de l’immatériel du luxe. En terme de savoir faire pour cette industrie, notre patrimoine national est extrêmement riche.
Mais il est aussi terriblement en danger.
Tout d’abord, la France n’est pas le seul pays au monde dépositaire d’un savoir faire exceptionnel. Depuis longtemps, les couturiers français font appel aux brodeuses indiennes qui travaillent aussi bien, plus vite et moins cher que nos brodeuses nationales et puis n’oublions pas que la soie a été inventée en Chine, il y a plus de 3 000 ans.
Ensuite, pour que ces métiers artisanaux fonctionnent, il faut des donneurs d’ordre, or, ceux-ci fondent à la vitesse de la banquise sous le réchauffement climatique.
Voici, dans le désordre, la liste de quelques maisons qui ne font plus de haute couture depuis une période récente: Jacques Fath, Jean-Louis Scherrer, Paco Rabanne, Nina Ricci, Thierry Mugler, Yves St Laurent, Christian Lacroix, Carven, Torrente, Courrège, Pierre Cardin, Jacques Esterel, Guy Laroche, Jeanne Lanvin, Pierre Balmain, Alix Grey, Ungaro, et j’en oublie forcément.
Chaque année c’est une ou deux maisons dont les noms disparaissent ainsi, souvent dans l’indifférence la plus totale. Ah si c’étaient des marques d’automobiles, en entendrait-on parler! En attendant, ce sont autant de façonniers en moins en France et autant de savoir faire qui disparaissent.
On entend parler en ce moment d’un musée des outils des métiers d’art, noble projet qui a sans doute sa valeur car les artisans qui disparaissent pourront lui léguer leurs outils de travail et ceux-ci seront exposés sous des vitrines que l’on n’espère pas trop poussiéreuses.
L’argent de ce musée ne pourrait il pas être mieux employé ? Il semble que les pouvoirs publics, malgré leurs bonnes intentions manifestes soient un peu perdus dans le monde si particulier de la Mode et du luxe.
L’aide aux jeunes maisons, la création de pépinières, l’accompagnement des jeunes créateurs, les avantages fiscaux consentis aux jeunes pousses ne seraient ils pas un meilleur investissement pour l’avenir?
Le formidable travail effectué par les Ateliers de Paris, les diverses couveuses, pépinières et autres incubateurs est loin d’être suffisant. Les business Angels sont frileux, les investisseurs ne sont pas intéressés au développement des jeunes pousses, car le retour sur investissement leur semble trop long, les banques refusent de parier sur de nouvelles maisons (aucune banque ne voulait ne serait-ce qu’ouvrir un compte à Marc-Antoine Barrois), et les géants du luxe n’ont pas besoin de nouvelles marques, ou du moins le pensent-ils. Quant à Oséo, demandez à Anne Valérie Hash ce qu’elle en pense.
En outre, les maisons de luxe et les créateurs dépendent de pas moins de 5 ministères différents; Industrie, Travail, PME, Culture et Commerce extérieur.
Il est question de la création d’un interlocuteur unique qui serait chargé de la coordination des métiers d’art du luxe et de la mode. Il n’est que temps si l’on veut non seulement sauvegarder ce qui reste des métiers d’art mais également et surtout, favoriser l’émergence de nouvelles maisons.
Ce serait certainement plus utile qu’une énième mise sous cloche de la profession.
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