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5 décembre, 2009

lire ce tres bon article de Stéphanie Bui

Artisans du luxe, en voie de disparition?

Qu’ils soient ennoblisseurs de textile, plumassiers, brodeurs ou formiers, leur atelier d’art se cherche un avenir sous peine de disparaître. Le paradoxe: l’oubli de ces savoir-faire rares, méconnus, manuels et dévalorisés alors qu’ils sont au cœur de la créativité d’un luxe français rayonnant dans le monde, propre à l’image de marque de la France… et dont le chiffre d’affaire est proche de celui de l’industrie automobile! Stéphanie a décidé de vous emmener à la découverte de ces artisans… Un article à suivre en 3 épisodes.

Episode 1 : Le paradoxe du métier d’artisan du luxe
“Des savoir-faire mondialement reconnus, mais comment le faire savoir?”, expose d’emblée, auprès d’une assemblée d’artisans, Donald Potard, ex-dirigeant de Jean-Paul Gaultier, désormais directeur général l’agence de communication Agent de Luxe. La crise des artisans est telle que la Chambre du commerce et de l’industrie de Paris a décidé d’organiser un programme de formation et de rencontres facilitant le dialogue entre maisons de luxe, experts et artisans.

Débordé de travail et menacé de disparition ?!
En effet, comment faire savoir, par exemple, que le dernier atelier de formier en France est menacé de disparition faute de relève? Et d’ailleurs, savez-vous même ce qu’est un formier?

D’après un croquis, le couple d’artisans Lorenzo et Lucie Ré sculptent, depuis 1973, des formes en bois adaptées à chaque système de fabrication du chapeau de chaque pays. Ils réalisent les formes de chapeau les plus folles, ce sont des formiers. Aujourd’hui à l’approche de la retraite et débordés de travail, ils continuent tous les 2 à répondre aux commandes de particuliers, du cinéma et de la haute couture.

L’artisan glamour de la presse mode
C’est souvent l’histoire préférée des médias de la mode à l’heure des défilés haute couture: des heures interminables transformées en nuits blanches à travailler et évoquées en une éloquence tissée d’adjectifs virevoltants. Un rythme infernal transformé en moment magique, privilégié, créatif… C’est l’artisan glamour de la presse de mode.

Oui, me direz-vous, la presse spécialisée est destinée, non pas à dévoiler les coulisses de la création, mais à mettre en scène sa magie, à cultiver le mystère de savoir-faire rares, le tout nourri de cette spécificité émouvante: une transmission familiale de génération en génération jusqu’à nos jours… La presse transformera alors ces belles histoires en sagas familiales témoins de toute l’histoire de la mode française.

Résultat: on s’étonne alors d’apprendre de la bouche des artisans formiers la disparition annoncée de leur atelier. Et d’écouter Lucie Ré se souvenir d’un formier lui affirmant : “je veux être ouvrier mais pas patron”. Hors de question de suivre le rythme effréné des collections de mode, des dernières minutes et des nuits passées à travailler. Un travail de formier mais à horaires fixes. “Les bras m’en sont tombés!”, raconte Lucie, passionnée par son métier et choquée de l’argument, pourtant compréhensible.

Combien de personnes pourraient s’adonner à ce rythme de travail fait d’une succession de périodes très courtes, très intenses, sans droit à l’erreur, le tout pour une qualité optimale, hautement médiatique ?

Artisan de l’ombre sur le devant de la scène ?
En outre, comment l’artisan-fournisseur peut-il communiquer alors que la discrétion est contractuellement de mise?, s’interroge-t-on de suite. Il existe bien plusieurs organisations comme les Ateliers d’art de France, premier groupement professionnel des métiers d’art ou les médiatiques remises annuelles de Prix du Talent du Luxe et de la Création ou encore le Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main. Elles offriront une visibilité certaine à des artisans.

Cas unique : la force de frappe de la société indépendante Paraffection, créée par la maison Chanel en 1997 à l’occasion du rachat d’ateliers d’art. Des défilés sont organisés à travers le monde à l’attention de la presse locale pour mettre en valeur le savoir-faire de ces artisans français. Quelques 150 journalistes sont alors présents tous supports médiatiques confondus, dont 70% à l’international.

Aujourd’hui, Paraffection compte les ateliers Massaro (bottier), Lesage (brodeur), Desrues (orfèvre), Lémarié (plumassier), Guillet (créateur de fleurs artificielles), Michel (chapelier) et Goossens (parurier), dont “la vocation“, insiste son président Bruno Pavlovsky aussi président des activités mode de Chanel en 2009, “est de vivre indépendamment. Aujourd’hui, ces maisons doivent connaître une vraie réalité économique ; elles doivent développer des clients en dehors du travail qu’elles peuvent faire avec Chanel“.

Savoir-faire protégés par Paraffection
“Tout ce travail avec les artisans ne s’improvise pas“, insiste le président de Paraffection, Bruno Pavlovsky. “Il est nécessaire d’agir sur la pérennité de ces savoir-faire qui rencontrent bien des difficultés“, reconnaît-il. “En soutenant les artisans avec des services généraux, de façon centralisée, ils sont à l’abri des soucis financiers et de pérennité ; ils se concentrent sur leur travail avec les studios de création”.

Et quoi de plus naturel que d’associer la saga de la maison Chanel dont les actuels actionnaires sont les héritiers des frères Wertheimer associés de Mademoiselle Chanel dès 1924, à celles de ces ateliers, eux aussi, issus de sagas familiales. Bruno Pavlovsky mentionne même “une espèce de complicité” avec des artisans dont le travail avec la maison remonte parfois au temps de Mademoiselle Chanel. Est-ce d’ailleurs le sens de ce nom Paraffection? “Mais le rachat d’ateliers en difficulté de relève n’a pas été fait au nom d’une fidélité“, insiste le président, “c’est un mélange de plusieurs raisons. Il y a beaucoup de choses qui ne pourraient pas continuer à exister si ces savoir-faire n’étaient pas présents à Paris”.

On pense alors au risque de la disparition annoncée de l’atelier La Forme: la fin de la créativité des chapeaux made in France. Au lieu de relever le défi de réaliser telle forme imaginaire de chapeau d’après un croquis, les maisons du luxe seraient alors contraintes d’utiliser les formes de chapeaux déjà existantes…

Valoriser le label made in France
Les artisans peuvent encore transformer leur savoir-faire en marque et de créer des produits à l’attention de divers clients et même de particuliers, insiste Donald Potard auprès des artisans présents dans l’assemblée. L’heure est à l’entreprenariat et non plus à la dépendance des commandes des maisons du luxe. Véritable défi à relever pour nombre d’artisans, souvent de très petites entreprises, habituées à œuvrer dans l’ombre des commandes des maisons de luxe, et non dans l’univers du luxe globalisé et sur le devant de la scène…

http://ecoloinfo.com/2009/12/03/artisans-du-luxe-en-voie-de-disparition-1/

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2 Commentaires sur “artisans-du-luxe-en-voie-de-disparition”

  1. Comme tu sais – je suis constèrné – et depuis longetemps ! Il est d’un extreme IMPORTANCE de sauvgarder ses metiers en France !!! Plein d’autre industries en depends – même celui d’automobile – pas pour leur prod… mais pour leur image !!! Mais je t’apprends rien – tu n’est pas « Agent de Luxe » sans le savoir !!!
    J’éspere que l’intitative de la CCIP font des VRAIS actions ! Je veut t’envoyer les repreneurs du derniere atelier des passmenteries d’art francais – qui ferme sa boutique rue d’Odéon ce jours ci… Un couple des garçons charmants qui ont decidé de se battre pour faire survivre cette entreprise ! Ou dit-moi ou ils doit s’adresser ?
    Cxxx

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  2. Merci d’avoir repris ce bel article de Stéphanie, écrit pour notre site Ecoloinfo.com
    C’est un article en 3 volets…
    Catherine Dauriac
    Ecoloinfo.com – Dealer de Luxe – TL Magazine

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