La mode est elle encore à la mode?
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jean paul cauvin
- Jean-Paul Cauvin
Tous les chemins mènent ils à la mode ? On pourrait le penser puisqu’après tout chacun de nous à un rapport plus ou moins proche avec elle. Le simple fait de s’habiller est un choix de mode, ou de refus de la mode, qui est en lui-même un parti pris de mode. Cette nouvelle interview n’est pas celui d’un jeune styliste, mais d’un journaliste de mode confirmé qui travaille -qui plus est- pour un journal professionnel, le FASHION DAILY NEWS. La pensée de Jean-Paul Cauvin est aussi originale que son parcours. Avec lui, franchissons le miroir pour regarder la mode des coulisses, et tâchons de décrypter ce qui fait sens. Avec quelques coups de patte bien placés au passage.
DP Parlons d’abord de ton parcours
JPC Je suis arrivé dans le journalisme et dans la mode un peu par hasard, même si ce sont deux pôles qui m’intéressaient depuis longtemps. Je suis tombé dans la marmite du cinéma quand j’étais tout petit car c’était le métier de mon père. De technicien il est passé à assistant réalisateur et il a travaillé avec Alfred Hitchcock et Orson Wells, (ce qui explique que je ne sois pas impressionné par les starlettes). Je me suis en fait lancé d’abord dans une carrière de comédien, j’ai suivi le cours Florent dont je suis devenu prof par la suite. Puis j’ai eu ma période mystique où je suis tombé amoureux de Dieu et je suis rentré au monastère.
DPP Dans quel Ordre ?
JPC D’abord chez les bénédictins, à St Benoit sur Loire où je suis resté deux ans. J’ai appris beaucoup de choses. Ca m’a permis de continuer mes études de théologie et de philosophie, à un rythme qui n’était pas celui des prépas des grandes écoles, et cela m’a aidé à structurer ma pensée. On apprend aussi à écouter en se taisant, c’est une excellente école, une ascèse très formatrice pour l’esprit. Puis, je me suis posé des questions. C’était au moment de l’hécatombe du SIDA. J’avais beaucoup d’amis de mon milieu précédant, le théâtre qui étaient en train de mourir et je trouvais absurde la surdité de l’église par rapport à l’utilisation du préservatif. Ca m’a interpelé, et je me suis demandé si ma place était vraiment dans l’église catholique. A ma demande, j’ai été transféré dans une communauté œcuménique, la Communita monastica di Bose en Italie, qui est une sorte de petit Taizé, ou il y avait des frères et des sœurs catholiques, protestants et orthodoxes. Comme je parle russe, on m’a envoyé en Russie, en tant que catholique pour discuter avec les orthodoxes C’était en pleine Perestroïka et c’était passionnant.
DP Et qu’est-ce qui t’a fait quitter l’église?
JPC A ce moment là, j’avais écrit un commentaire qui était une exégèse de la bible, commentaire technique des onze premiers chapitres de la Genèse, sans imprimatur romaine, mais qui est passé dans l’Osservatore romano, pour expliquer que la vision de St Augustin sur le péché originel n’était pas vraiment biblique, et que tout ce que cela avait donné ensuite, était plus tiré du manichéisme que du judaïsme ou du christianisme, il fallait vite revoir cette notion de péché originel. J’avais l’impression d’avoir écrit quelque chose de révolutionnaire, et sort à ce moment là le nouveau catéchisme officiel de l’Eglise catholique ; on ressort tous ces vieilles théories qui balayent le travail de Vatican II et on revient au concile de Trente.
DP : La contre réforme, donc.
JPC : 1542. C’était pour moi rentrer dans une espèce d’obscurantisme ! J’ai donc connu le dilemme de me demander si je devais rester dans l’Eglise pour faire changer les choses de l’intérieur ou en sortir. J’ai compris qu’avec la nouvelle posture de l’Eglise la tâche était perdue d’avance. J’ai donc quitté l’Eglise car je ne voulais pas y laisser mon énergie et ma santé. Je suis donc resté en tout 5 ans dans les ordres.
DP Retour donc à la vie profane.
JPC Et il fallait trouver du travail. Grace à des amis je suis rentré à France 2 comme assistant au journal des sourds et mal entendants. Puis je suis devenu journaliste au moment de la guerre du Golfe presque par hasard. Puis à la communication d’un magazine de promotion de France 2. Ca a duré dix ans et je suis parti lorsque j’étais directeur adjoint de la communication. J’en suis sorti à cause de Laetitia Casta.
DP Premier rapprochement avec la mode.
JPC Lorsqu’elle tournait dans la bicyclette bleue, on m’a demandé de m’occuper d’elle et comme ça c’est très bien passé, elle m’a demandé de devenir son agent. Ca a été une période formidable pendant laquelle J’ai rencontré des gens passionnants, Mais au bout d’un moment, c’est un peu consumant d’énergie et très enfermant de passer d’une énorme structure à une structure de 2 personnes… il faut être tout le temps en service, s’occuper de tout…
DP Ca fait un peu cousine Bette !
JPC : Oui enfin, cousine Bette à Marbella… (Rires). On est restés en très bons termes car c’est une personne formidable. Mais j’avais besoin de travailler avec d’autres horizons. A ce moment là on m’a proposé de devenir directeur de la communication de Torrente et je me suis dit pourquoi pas ? J’ai donc commencé et ça a été formidable sauf que les nouveaux propriétaires n’avaient pas la stratégie ad hoc. Il n’y avait plus de directeur artistique car Mme Torrente venait de prendre sa retraite. Après Christophe Josse pendant une saison la direction a nommé Julien Fournié à la tête de la maison de couture en tant que directeur artistique. Il y avait cette volonté de dépoussiérer la maison et Julien a vraiment abattu des murs.
DP Mais les propriétaires étaient plutôt indélicats, je crois.
JPC Ils étaient surtout très maladroits. L’atelier de haute couture a été transféré au prêt à porter et des savoir faire ont été perdus ; c’était fatal, car ces femmes de l’atelier ont perdu leur capacité de transmettre. Je sais qu’il y a des sociétés qui souffrent surtout depuis la crise financière mais il faut faire attention de conserver ces savoir faires comme un trésor.
DP Ensuite la société a été liquidée.
JPC Oui, et je me suis tourné humblement vers le journalisme. Internet arrivait, surtout aux USA, et j’ai commencé à écrire sur des blogs en anglais avec un point de vue français. J’ai débuté en couvrant la NY fashion week, puis Milan, Londres et Paris, pour Fashion Windows qui était l’un des tous premiers websites de mode.
DP Tu écris en anglais et en français de la même façon ?
JPC Pas du tout ! Au delà des mots c’et la façon de penser elle-même qui est différente. En plus déjà les français connaissent mieux l’univers de la mode que les américains. Cela dit c’est très inspirant de lire les journalistes anglo-saxonnes comme Suzy Menkes (International Herald tribune) ou Hillary Alexander (the Telegraph). C’est un métier très exigeant qui exige de vraies connaissances.
DP Quelles sont les principales différences entre les journalistes français et les anglo-saxons ? Et surtout,- on revient à l’une de mes marottes-, as-tu le sentiment que la presse française soit vraiment indépendante par rapport aux annonceurs ?
JPC Souvent ce n’est pas de la faute des maisons mais des régies publicitaires des journaux qui pratiquent une forme de censure. Il y a une éthique très différente en France et à l’étranger. Je parle des gens qui écrivent, pas des rédacteurs (qui comme le nom ne l’indique pas n’écrivent pas mais réalisent des reportages). Chez les anglo-saxons, il y a une indépendance absolue par rapport à une éthique, qui est justifiée par des salaires très élevés ; les titres peuvent se le permettre car ils ont des tirages énormes. Si les journalistes français étaient mieux payés on pourrait peut être exiger d’eux qu’ils soient totalement indépendants. (Rires).
DP Mais parlons aussi de formation. On n’a pas la sensation qu’il y ait dans la presse, une formation de rédacteur de mode. C’est souvent : « tiens, toi tu es une femme, ou tu es gay donc, tu vas t’occuper de cette rubrique mode ». Quand va-t-on prendre au sérieux une industrie qui génère un chiffre d‘affaire de 22 Milliards d’€ ?
JPC Oui, c’est un peu comme ça en France. C’est la punition, comme la corvée de chiottes pour les énarques à l’armée. (Rires) Mais peut-être ne faut il pas le regretter, peut-être cela évite t’il les couloirs dans lesquels une formation trop poussée ne laisserait plus de choix par la suite. Même chose pour le sport ou le design.
DP Pas pour les journalistes financiers, ils savent de quoi ils parlent le plus souvent. C’est rarement un hasard. Mais en France, comment devient-on une grande journaliste de mode comme Florence de Monza, Virginie Mouzat, ou Paquita Paquin? Et je ne parle pas des rédactrices.
JPC : Je crois que lorsqu’on est généraliste et qu’on a un brin de curiosité on peut s’auto former. C’est ca aussi être journaliste. Plus qu’une formation, il faut savoir s’il y a une légitimité, ça se voit quant on lit les papiers et le lecteur n’est pas dupe. Je ne veux pas jeter la pierre aux journalistes qui sont tout le temps pris dans des conflits d’intérêt. On partage tous le même gâteau. Les titres féminins principalement mais pas seulement vivent des annonceurs mode, c’est une réalité. Comment rester indépendant ? C’est délicat. Et puis quand on est invité dans les fashion week, si on est trop dur, on ne sera pas réinvité. Je pense qu’il y a un plus grand espace de liberté sur internet. Grace au mouvement des blogueurs et blogueuses de mode il y a encore beaucoup d’indépendance. Puretrends.com est un site ou l’on s’exprime en toute liberté sur la mode. Cela dit, il commence à y avoir des enjeux importants. Jusqu’à quand Internet sera-t-il indépendant ? Je veux citer un exemple : j’ai écrit un article avec un titre un peu polémique sur une vieille maison française dont personne ne parle. L’attachée de presse de la maison m’a écrit un courrier disant que c’était intolérable. Or, je tiens beaucoup à mon indépendance, et puis c’était un papier d’opinion en tant que tel, pas un publi-reportage… J’ai répondu que pour cette maison, c’était plutôt une aubaine d’avoir un papier fusse t’il polémique. Or dans l’industrie de la mode, on refuse presque toujours le débat, car ce qui est polémique est considéré comme négatif. Je trouve ça dommage.
DP Comment un journaliste réagit il à une mauvaise collection ?
JPC C’est difficile, le mieux, bien sûr, c’est de ne pas en parler. Dans la presse on a une commande pour des articles critiques, et il nous arrive de voir un certain nombre de collections ratées. Je crois que cela ne sert à rien de descendre une mauvaise collection surtout si c’est fait gratuitement. Ou alors c’est pour en tirer une leçon, expliquer les coulisses de cette collection, ça peut peut-être servir à quelque chose, et encore…
DP Beaucoup de monde se plaint de ce que la mode en France en ce moment soit triste.
JPC : Je suis frustré de voir ce que je vois dans les fashion week parisiennes. Je crois à la puissance des créateurs et à la force des présentations, mais j’ai l’impression que pour un certain nombre de raisons, on a essayé, dans l’entourage des créateurs, dès la fin des années 90, de trop les aider à transformer cette créativité foisonnante en espèces sonnantes et trébuchantes. Ca a commencé par l’émergence du marketing en mode. Tout cela peut-être est une bonne chose mais jusqu’à un certain point, celui où cela prend le pas sur la créativité. On essaie d’aider ces créateurs en leur donnant des conseils sur la stratégie mais il faut penser au risque de les étouffer dans leur parcours artistique, en les normant.

Gareth Pugh
DP Des exemples !
JPC : Je pense à des gens comme Gareth Pugh ou Manish Arora qui arrivent chez nous avec un imaginaire extraordinaire et plein de défauts, et nous, car je me mets dans le lot, on vient leur dire : mais attention, c’est un peu trop « costume » (ce qui est la pire des injures en mode) . Mais finalement, qu’est-ce qu’on en sait ? Ces gens là viennent nous nourrir de leur créativité et nous risquons de les castrer. En quoi sommes-nous légitimes pour leur dire ce que les jeunes veulent porter en boite de nuit à 25 ans ? Le dernier défilé de Gareth Pugh du coup m’a rendu triste car on a l’impression qu’il est rentré dans le rang. Mais pourquoi ces créateurs devraient-ils être comme les autres ? Je n ai jamais crié au génie en voyant les premières créations de Christophe Decarnin chez Balmain, et pourtant, aujourd’hui on voit un engouement énorme autour de cette marque qui était moribonde. Qui suis-je pour décider ce que doit être la mode ? Il faut éviter d’être trop normatif. Le marketing a beaucoup aidé la mode mais à force de demander au gens ce qu’ils veulent ils ne disent plus rien. En termes de mode, le marché ne sait pas ce qu’il veut.
DP Pour beaucoup de monde, Paris c’est un peu Versailles, de la poussière et trop de courtisans.
JPC Oui il y a souvent quelque chose de compassé, ampoulé qui ne correspond plus a l’époque. Parfois avec mes collègues on se plaint qu’il n’y ait rien de nouveau mais quand on voit quelque chose qui sort de l’ordinaire on le descend tout de suite. On manque vraiment d’enthousiasme.
DP A NY ce n‘est pas comme ca.
JPC Il faut dire qu’à NY, il y a tellement peu de créativité qu’on crie au miracle quand on voit quelque chose de neuf ! A Paris, on est trop gâtés, peut être. Moi je rencontre beaucoup d’acheteurs internationaux. Ce qu’ils viennent chercher a Paris, ce sont des pièces exceptionnelles qui vont donner une âme à leur magasin. Des œuvres d’art textiles. Or nous disons à nos créateurs : pourquoi ne feriez vous pas un peu comme Milan, pour vendre ? Ben je suis désolé, mais on ne peut pas dire en même temps aux créateurs que ce sont des artistes et leur dire de créer des modèles dont la couleur ira bien avec le canapé du salon qu’on a acheté chez IKEA! Ce qui m’embête c’est la peoplisation de la mode. On fait croire au grand public que n’importe qui avec une petite notoriété peut créer de des vêtements. Les professionnels de la mode savent bien que ce n’est pas possible et que derrière ces stars plus ou moins grandes, il y a des directeurs artistiques, des stylistes occultes qui créent réellement la collection sous le nom de cette vedette. Mais cette imposture est insupportable, car la notoriété l’emporte sur le savoir-faire et ça le dévalorise.
DP Quel est le rôle du journaliste là dedans ?
JPC En tant que journaliste, on a une responsabilité à ce niveau et on se doit de le dénoncer. En même temps on doit se poser la question de savoir si la mode et les designers sont encore à la mode. Les actrices, les mannequins ne sont plus à la mode. Qui est à la mode aujourd’hui ? Très temporairement j’espère, les héros de la télé réalité. Comme il n’y a pas grand-chose à dire sur eux, on s’en lasse assez vite, on passe de l’un à l’autre. Le comble de tout cela serait qu’on trouve normal qu’une gamine de Secret Story devienne directrice artistique de… au hasard… Ungaro ?
DP Il y a tout de même de nouvelles jeunes maisons
JPC Ceux qui démarrent sont admirables, ils choisissent de commencer une activité passionnante et passionnée et pleine de dangers, et on ne leur rend pas justice. La presse et les institutions les financiers, les cercles d’entrepreneurs ne s’intéressent pas assez à eux. En plus, on les critique plus que les grandes maisons, alors que ça devrait être le contraire, car ils font avec peu de moyens ce que les grandes maisons font avec beaucoup.
DP La presse joue t’elle encore son rôle de découvreuse de nouveaux talents ?
JPC Pour cela encore faudrait il qu’elle les voit! A commencer par celles qu’on appelle les Editrix (c’est à dire les grandes rédactrices type Anna Wintour). Il y a en mode, entre les fashion weeks, ce qu’on appelle les SPA days, qui sont les jours ou elles récupèrent de leur fatigue dans les hôtels, (soins, massages). Eh bien c’est justement pendant ces SPA days que l’on met les jeunes designers, qu’elles ne voient donc jamais. Et quand on met les jeunes créateurs en milieu de fashion week, elles se plaignent auprès des grandes maisons pour qu’elles fassent pression sur la chambre syndicale car cela les force à rester trop longtemps à l’étranger. Donc elles ne font pas leur travail. Cela dit, quand on voit dix défilés par jour on fini par ne plus rien voir du tout.
DP Mais elles pourraient déléguer de jeunes rédactrices pour voir ces nouveaux créateurs ce qu’elles ne font pas forcément.
JPC Pas possible car il y a des rivalités. Il y a une comédie qui consiste à aller voir le show uniquement pour se montrer. On se fait voir autant qu’on voit qui est là, et puis, éventuellement, il y a un divertissement qu’on appelle défilé. C’est pathétique. Et en plus quand elles les voient elles leur tirent dessus à boulets rouges pour montrer qu’elles ont de la personnalité.
DP A part cette foire aux Vanités, est ce par lâcheté, par frustration de la part des journalistes qu’elles se vengent sur les jeunes créateurs parce qu’ils ne peuvent pas dire de mal des grandes maisons?
JPC Il y a de ça, mais je crois que c’est encore plus pervers. A voir l’acharnement de certains articles on est en droit de se demander si ce ne sont pas quelquefois les titres de presse qui pensent que dire du mal des autres fera plaisir à leurs annonceurs. Mais comme « les autres » ne peuvent pas être une grande maison, ça tombe sur les petits créateurs. Je trouve ce système dégueulasse ! Si on propose en tant que journaliste une critique ou un portrait d’un jeune créateur on va ramer pour imposer le sujet. Milan a compris à l’inverse de Paris qu’il fallait lancer de nouveaux noms. Or c’est le devoir de la presse de découvrir de nouveaux talents, ce qu’elle ne fait pas. Quel créateur a entre 30 ou 40 ans ? On demande à des créateurs qui ont l’âge de la retraite de penser pour des garçons et des files de 25 ans. La mode qui défile a Paris à intérêt à se renouveler.
DP Encore une fois ca ne se passe pas comme ça a l’étranger.
JPC L’Incubatore della moda est organisé par la Chambre syndicale de la mode italienne et cofinancé par la Ville de Milan. Cela existe depuis 2007 pour les jeunes designers parrainés par la Chambre. Le budget est passé de 400 000 en 2007 à 800 000 euros en 2009, La ville de Milan a créé quatre incubateurs sur les biotechs, l’alimentation et le goût, les énergies renouvelables, et la mode. Ils fournissent des lieux aux jeunes pousses avec un secrétariat commun, ils donnent des conseils marketing puis accompagnent l’entreprise, payent les défilés, des mannequins aux bureaux de presses et ensuite ils les emmènent dans des villes internationales, leurs font faire des défilés à l’étranger, à Moscou, à Tokyo, et puis des show room à l’étranger de façon à les confronter à la presse et aux acheteurs internationaux. Cela coute à la ville et à la chambre 1 345 000 € annuel. Cette année, ils ont emmenés à Paris et dans le monde cinq jeunes créateurs, tous différents, avec la fougue milanaise et un esprit commercial.
DP Comment cela se passe t’il dans les autres pays ?
JPC Aux Etats Unis, il y a des accords entre les grands magasins américains et la presse, la presse suggère un nom, le grand magasin sponsorise le créateur et achète sa collection. Neiman Marcus et Vogue font des réunions régulières de façon à lancer et favoriser les jeunes créateurs américains. Comme on n’a pas cela en Europe, il faut créer un renouvellement. Aujourd’hui il y a un déficit de communication car la place est occupée par les grandes maisons et les investisseurs hésitent à investir dans la mode car l’investissement est à long terme. Si on ne se renouvelle pas ca va atteindre toute la filière textile industrie. Les français ont beaucoup travaillé sur la refondation de grands noms très établis (Dior, Chanel). Finalement aujourd’hui une maison comme Anne Valérie Hash, arrivera t’elle à ce niveau avec tout ce manque d’intérêt de la presse pour tout ce qui ne touche pas les annonceurs ?
DP En Belgique ?
JPC En Belgique on aide beaucoup les jeunes créateurs, par exemple, la ville d’Anvers monte un show room chaque saison à Paris pour montrer les nouveautés des jeunes créateurs anversois. Il y a également des lieux qui ne comptaient pas sur la carte de la mode internationale et qui essaient de se lancer à la faveur de la mondialisation, Istanbul, Montréal, Barcelone, Séoul par exemple. Bien qu’ils ne soient pas au niveau de Milan ou de Paris, ce sont des villes avec lesquels il va falloir compter à l’avenir.
DP : Le Kazakhstan ?
JCV Pourquoi pas ? Le Kazakhstan est la cinquième puissance pétrolière mondiale, et je ne vois pas pourquoi elle ne pourrait pas consommer du luxe comme le font les pays du golfe. J’imagine qu’il y a des créateurs là bas qui disposent d’une clientèle nationale, je compte justement y aller la saison prochaine. Quelle formation, quelle main, quelle industrie ? Je ne sais pas mais j ai l’impression qu’il y à la un signe fort dans le monde de nouvelles émergences.
DP Et l’avenir de la mode française ?
JPC C’est une période passionnante qui demande à être préparée. On voit souvent que c’est dans la deuxième décennie d’un siècle que se créée une nouvelle silhouette. J’attends la fin de 2010 avec impatience. On a besoin de phares qui éclairent l’avenir. C’est le moment de laisser les créateurs s’exprimer. Le marketing a atteint ses limites. Peut être que si on laissait Gareth Pugh ou Manish Arora s’exprimer, des gens seraient habillés comme ça dans la rue dans deux ans, au lieu d’être tous en gris comme maintenant. Mais pour cela il faut que tout le monde joue le jeu.
DP Une dernière adresse aux jeunes créateurs ?
JPC Quelques soient les appréciations que vous recevez de la part des acheteurs ou de la presse, ce qui compte c’est de durer. Ce n’est qu’après quelques années qu’on s’intéressera à vous. Mon message : tenez ferme ! Croyez a ce que vous devez imposer car le temps vous donnera raison … peut-être !

Bravo Donald, bravo Jean-Paul
cela me fait plaisir de lire ces vérités, surtout venant du grand professionnel que tu est Jean-Paul.
Nous partageons les mêmes valeurs et essayons à notre humble niveau de faire bouger les choses.
J’y crois.
J’en profite pour vous inviter à ma 1ère exposition de mode street style humanisante
Cela aura lieu à Paris, place de Clichy, samedi 21 et dimanche 22 nov
Toutes les informations sur sur cette page : http://www.facebook.com/event.php?eid=170810240039&ref=mf
réservez vite car il y a déjà plus de 600 réservations en 7 jours à peine.
Bravo et au plaisir de vous voir et revoir ce week end
Kamel Lahmadi
yes we can !
passionnant , encourageant
merci à vous 2
Merci Très bien, la mode vous avez l’air d’aimer cela.
Détail : le concile de Trente est très anti-augustinien, en douce, mais “efficacement”.
voir: les jansénistes.
Ph
bravo a vous deux!
quel talent!
Kazakhstan, nous avons une créatrice qui a défilé Paris : AKKENJE DEVYATKO, a rencontrer si tu y vas
Passionnant et quel parcours de vie!
merci Donald pour cet entretien.
“Parfois avec mes collègues on se plaint qu’il n’y ait rien de nouveau mais quand on voit quelque chose qui sort de l’ordinaire on le descend tout de suite. On manque vraiment d’enthousiasme.”
Pourquoi agir comme cela alors ? …car c’est vrai que c’est très bête !
merci et bravo pour votre propre site, cher Bolito
J’ai appris beaucoup de choses grâce a cette interview riche passionnante
Seigneur, quelle sacerdotale loyauté envers la Mode!
J’alerte de ce pas et en DILIGENCE mon ami et complice le guru Tafolpa Selotkipey qui réunit en ce moment même sur les contreforts de l’Himalaya quelques brebis perdues et repentantes de l’avenue Montaigne pour un séminaire sélectif (et onéreux, comme il se doit) de ressourcement esthéthique et spirituel avant la parousie déferlante de la prochaine saison. On voit défiler en filigrane autant chez vous cher Donald que chez votre interviewé l’irrépressible urgence à transformer la planète mode en immense cratère du…Krakatoa après éruption!
A quand la prochaine Apocalypse? 2012 est déjà sur les écrans…
Les martyrs se compteront autant que les saints.
Hosanna
Kyrié Eleisson
Maranatha!
Syncrétiquement vôtre
Angeline, vicomtesse de Monthurban von Schtupp y Fuentes
en son oratoire-hôtel particulier, colline de Chaillot, à l’heure des vêpres.
Message transmis par son fidèle sigisbée Wilbur.