Après midi de Charme avec Anne Valérie Hash, avec démonstration de savoir faire avec petits gâteaux au gingembre à la clef.
Anna Valérie Hash fait indéniablement penser à une héroïne de la Comtesse de Ségur (Née Rostopchine) : elle ne fait rien comme tout le monde.
Son show room d’abord, dont la déco navigue entre salle de garde Violet le duc et claque à la Maupassant; il parait qu’il hébergea jadis une secte.
Sa structure également, qui fait mentir le mythe qu’une créatrice ne peut pas être aussi une femme d’affaire.
Ses défilés enfin, tel celui qu’elle vient de présenter lors de la couture, et qui n’en était pas vraiment un. Ce qu’elle propose, c’est une démonstration de savoir-faire pour 2010 ; Avec l’esprit d’une maison qui a à peine 9 ans, elle ne veut pas concurrencer les grandes maisons. Elle veut arriver à faire passer un message .plutôt que de défiler avec du prêt-à-porter haut de gamme hiver pendant la couture d’été comme certains créateurs. Elle l’a elle-même fait au départ et dit qu’on a considéré cela comme une imposture. Pour toi, cher weblecteur, elle décrypte sa collection intitulée « confidences ».
DP ; tu défiles pendant la couture, mais tu te défends d’en faire.
AVH Je préfère faire un évènement qui nous sert plutôt que de la haute couture pour la haute couture. La couture est une prestation artistique, un exercice de style. La couture ne disparaitra jamais, c’est comme le théâtre. La couture c’est la main, c est l’émotion. Pour ce que j’ai présenté, la presse a très bien réagi avec ces projets, avec un regard autre, des projets pour moi pleins de sens.
DP Raconte moi ta collection :
AVH J’ai demandé à des personnalités du monde de la mode et des arts de me confier l’un de leurs vêtements fétiches ou qui avait une place particulière pour eux ou qu’ils détestaient et je les ai transformés.
J’ai essayé de retranscrire la personnalité de l’artiste dans le vêtement lui-même.
DP Voyons un peu
AVH : Alber Elbaz nous a donné un pyjama. Le vêtement a été donné avec une petite note : Alber aimait être en pyjama quand il était petit et maintenant encore quand il rentre, il se met en pyjama. On a démonté au découd vite le pyjama et on a remis le tissu sur des toiles. Et quand il a fallu recouper le vrai modèle d’Alber, on a refait des boutonnières et on l’a remonté : ce n’est plus son vrai pyjama. On s’est demandé avant ce travail de remontage, qui est Alber ? C’est un petit clown, en fait. On a donc fait une combinaison all over pour montrer qu’il est détendu, sympathique, bien dans ses baskets (c’est qu’il a de l’humour pour nous donner un pyjama). D’ailleurs, je le vois bien arriver au bureau en pyjama avec une veste de smoking.
Ça a l’air de rien mais c’est très complexe. C’est un travail de couture sans être couture car il y a beaucoup de finitions mains pour que la toile tailleur s’arrête au bon endroit. Je voulais un côté dégaine « loose » sans être « loose ».
DP Mais faire du neuf avec du vieux ca coute plus cher et prend plus de temps que de faire un nouveau modèle.
AVH Tu as entièrement raison, car quand un modèle est raté, tu le jettes, tu ne le reprends pas. Ici ça ne faisait pas partie du possible car on s’est imposé de faire uniquement avec ce qu’on nous avait donné, donc, pas de triche possible.
Pete Doherty nous a donné un blouson du concert qu’il avait fait et on l’a démonté. On a mis une partie sur le manteau et les brandebourgs sur le t-shirt. Les anglais ont un vrai style.
Pete Doherty est un rockeur, un dandy, donc on lui a fait une redingote qu’il pourrait porter sur scène avec une guitare, on lui a recréé un vêtement avec une partie couture. C’est plus l’esprit couture que nous avons voulu faire ressortir que la vraie couture, pour laquelle nous n’avons pas la clientèle.
Tilda Swinton nous a donné un t-shirt que l’on a recouvert d’une sorte de tissu liquide avec du satin duchesse lavé super épais.
Leila Seydoux nous a donné un petit sac africain qu’elle a trouvé à un euro sur le marché et on en a fait une combinaison.
« Iris Von Dongen » artiste du nord qui fait des tableaux incroyables avec du rose fluo, rouge vermillon agressif et c’est vraiment une artiste très noire qui apporte des touches de couleur illuminé. On a regardé son travail et ça a été le même travail avec chaque artiste. C’est aussi extrêmement symbolique. On l’a recouvert avec ce qu’on appelle du tissu liquide
DP C’est ce tissu incroyable qu’on appelle aussi cristal de soie.
AVH C’est le tissu le plus fin du monde. Ici ion a été obligé de mettre 2 épaisseurs car quand tu le travailles, il t’échappe des mains. Il vole avec l’électricité statique. Il réagit difficilement au travail. Quand tu le portes, tu as l’impression d’être dans l’eau.
Nous avons travaillé sur des concepts: « Bettina Reims a envoyé sa robe de ses 20 ans offerte par Alaïa avec laquelle elle dansait chez Castel des nuits entières. On s’est demandé qui était Bettina Reims et on s’est dit qu’elle n’est plus très féminine, c’est un petit mec. Cette veste s’est transformée en bottes. J’ai fait appel à de grands façonniers comme Massaro, Maison Michel. Pas de broderie car trop cher mais ça aurait été complètement l’idée.
DP Oui, vous avez fait appel aux savoir faire les plus aboutis ;
AVH : Ce qui nous a guidés c’est le travail de la main appliqué à une histoire, une histoire pour chaque personnalité, pour chaque vêtement. Lun des modèles les plus difficiles a été le tutu et la ballerine d’Isabelle Ciaravola Pour le tutu, tout a été démonté à plat, et il est resté la carcasse et la broderie. Tout le reste a été enlevé. On ne voulait pas garder l’esprit du tutu. Le chausson a été transformé en gant par la maison Fabre.
Pour le vêtement de Charlotte, j’ai pensé mi portier de nuit mi smoking, la veste est à moitié transparente.
DP c’est entre le cadavre exquis et le monstre de Frankenstein.
AVH Oui car ça fait comme des cicatrices ? Ce sont des vestes squelettes.

DP Ici, vous avez pris des baskets.
AVH Oui, celles de Robin Rhode un artiste sud africain qui commence a avoir une réputation mondiale que nous avons démontées et incrustées dans un T shirt.
Chez JPG, une amie Sybille de Sainte Phalle qui fait des castings pour Hermès nous a donné avec l’accord de Jean Paul une de ses marinières.
Daphné Guiness qui nous a donné une veste Chanel, dont on a gardé que le satin rose et une base noire qui est sous la veste, en doublure.
Comme tu vois nous n’avons pas essayé de rivaliser avec Dior ou Chanel.

DP : Mais la couture, c’est avant tout une prestation artistique donc tu es dans le vrai, même si tu n’a pas soixante ouvrières dans ton atelier. C’est un exercice de style, avec les plus beaux tissus, les plus belles matières.
AVH : Oui et la presse l’a très bien compris qui a envie d’autre chose qui contienne du sens. La presse s’interroge depuis vingt ans sur l’avenir de la couture. Ma collection est une possibilité de réponse. En fait, on a conçu cela comme une expo, et on espère bien la faire voyager. Nous avons des demandes pour New York, Tokyo et Los Angeles.
DP En même temps, si je regarde ta dernière collection Prêt-à-porter, je vois des déclinaisons de la couture. Donc tu utilises bien ta couture ou non couture comme un travail de recherche. Comme une maison de couture classique.
AVH Mais c’est bien à cela que ca doit aussi servir.et je l’utilise dans la même saison. Je propose à mes clientes de m’apporter un vêtement, et je le customise. Si elle n’a rien ou ne veut rien me donner, c’est qu’elle n’a pas compris le concept.
DP Ce n’est pas une collection facile, elle est ultrasophistiquée elle demande un vrai décryptage, elle s’adresse aux femmes intelligentes
AVH Ca demande de connaître l’autre et d’avoir envie de s’y intéresser. J’ai déjà envie de faire la suite et d’aller plus loin dans la démarche. En attendant, j’espère avoir pu montrer ce qu’une petite maison comme la nôtre peut faire passer comme message en 2010. Notre couture ne peut pas accéder à la splendeur de ces grandes maisons, nous ne concurrencerons jamais les Dior et les Chanel. La difficulté de se glisser dans ce calendrier c’est de ne pas avoir l’air cruche (Rires). Quand Didier Grumbach m’a demandé de défiler pendant la couture, je lui ai dit que la couture était une page blanche d’écriture pour la création, et que sans les jeunes créateurs, la couture ne durerait qu’un seul jour.et demi. Après, les journalistes diront de venir à New York car il n’y aura plus assez de défilés à Paris pour se déplacer.
DP C’est le sens de la rencontre Estrosi Wintour dont j’ai parlé dans ces colonnes.
AVH Anna Wintour a créé une bulle à New York. J’ai dit à Didier qu’il fallait qu’on se bouge nous aussi car sinon, dans dix ans qui restera t’il à Paris? Plus aucune des jeunes maisons en tous cas. En tous cas, je vois l’influence de la collection couture sur les ventes de la pré-collection Prêt-à-porter, c’est énorme. Et les clientes ont bien compris. Car derrière il y avait l’évènement couture. Le fait d’avoir présenté la couture nous a aussi permis de lancer une collection d’entrée de gamme sans faire descendre l’image de la maison.
DP Tu as fait rentrer ton défilé dans ton budget communication.
AVH Qu’est ce que c’est d’autre ? Mais c’est bien dommage que les télévisions ne suivent plus. Quand j’étais jeune, je séchais les cours et je prétendais avoir 40 de fièvre pour regarder les émissions de Marie Christiane Marek. Aujourd’hui il n’y en a que pour le foot. C’est insupportable. Il y a un vrai travail de reconquête de la presse à faire et particulièrement de la télévision.
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mode par Donald Potard