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LEVER DE RIDEAU EN DEMI-TEINTE SUR MODE ET FINANCE II

8 février 2010

Beaucoup de beau monde ce matin à l’hôtel de Pomereu, siège historique de la Caisse des dépôts, pour le baptême du deuxième volet de la filiale Patrimoine et création.
Rappelons que Mode et Finance I a été constitué en 1999 à l’initiative de Didier Grumbach et de la regrettée Caroline Joubin pour aider les jeunes créateurs.

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Didier Grumbach

L’excellente idée de base était, en prenant part à leur capital, de les aider à se mettre en orbite et de se retirer lorsque ces maisons pourraient fonctionner par elles mêmes ou lorsqu’elles auraient trouvé un partenaire financier définitif.

Etrangement, lors de la cérémonie de ce matin, tout le monde avait l’air de s’excuser.

Isabelle Ginestet chargée du fond s’excusa avec charme et élégance de n’avoir pu investir que dans 6 jeunes maisons de mode en dix ans.
Didier Grumbach s’excusa avec classe et lucidité d’avoir concouru à établir des critères trop stricts pour les postulants à ce fond.
Le représentant de Natixis s’excusa brièvement de ne pas connaître le milieu de la mode et de se débarrasser du fond dans les bras de la Caisse des dépôts.
Enfin, Augustin de Romanet de Beaune, sémillant président de la caisse des dépôts s’excusa avec humour et intelligence de n’avoir à investir que 10 millions d’Euros dans la jeune création.

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Augustin de Romanet de Beaune

Décryptage…

Depuis sa création, dotée d’un fond de 8 M Euros, mode etfinance n’a en effet pas atteint son but. Critères trop stricts, candidats trop peu fiables et étrangement, trop rares. Ce fond qui n’a jamais été destiné à gagner de l’argent mais encourager la jeune création a fini par lasser et se lasser. Aujourd’hui, il va tenter l’expérience par la face nord et rafraichir son règlement.
Désormais il acceptera outre les jeunes maisons de mode, les sous-traitants et créateurs d’accessoires, de joaillerie et de parfum.
Ils pourront, après acceptation de leurs dossiers recevoir un investissement de 400 000€ à 1M€ pendant une durée de 7 ans maximum.

Bien entendu, ces sommes pourraient sembler dérisoires dans un monde du luxe ou les chiffres d’affaire se comptent en centaines de millions mais il est de plus en plus rare de trouver des investisseurs dans la mode.

Pourquoi cela ?

Tout d’abord, il est plus difficile de trouver 100 000 € que 10 millions. En dessous de 5 M€, les fonds ne sont pas intéressés à entrer au capital de sociétés. De plus, les investisseurs et les financiers veulent faire fortune vite, vite. Or, « On n’investit pas dans une maison de mode pour 3 ou 4 ans seulement, on y rentre pour du long terme », c’est ce que rappelait ce matin avec clarté AnneValérie Hash.
Ensuite, « Les nouvelles maisons ne naissent pas en période de crise mais en période de croissance » rappela Didier Grumbach. Là aussi, le frein à l’investissement est sévère. Raison, pour laquelle Mode et Finance qui aurait du sortir du capital des maisons dans lesquelles ce fond a investit a décidé élégamment de ne pas les laisser seules dans la tempête.

Enfin, tout ceci n’a d’autre cause que la frilosité des banques françaises à l’égard de la création, Attitude tellement scandaleuse que Christian Estrosi se démène pour leur forcer la main, tout en garantissant par Oséo 80 à 90 % des emprunts contracté par les maisons. Il a promis qu’au printemps une solution aura été trouvée avec les banques.

Pile et face.

Pile: Christian Estrosi : « La créativité est un outil d’accélération à la sortie de crise », des mesures vont être prises pour assouplir les 35 heures pendant les périodes de défilé, et on ne parle plus d’une nouvelle école de mode mais d’un pôle de compétence. On est sur la très bonne voie.

Face : il faudra surveiller avec attention le développement de Mode et Finance II afin qu’il ne s’écarte pas de son but initial. En effet, on sait qu’en ce moment, ce n’est pas tant la mode que les accessoires qui se développent sur le marché. En décidant d’investir dans les créateurs d’accessoires et le parfum, il faudra éviter le saupoudrage cosmétique qui consisterait à se donner bonne mine et bonne conscience et la tentation de faire du chiffre au détriment de l’aide à la création de mode.

Pascal Morand

Pascal Morand

Donnons le mot de la fin à Pascal Morand, ancien directeur de l’IFM et actuel de l’ESCP, qu’on écouterait pendant des heures parler d’économie avec poésie: « Les industries créatives sont emblématiques et sont un laboratoire de l’économie. ». Tellement sensé qu’on devrait lui confier un portefeuille.

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LE DIABLE ET LE MINISTRE SUITE ET FIN

25 janvier 2010
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Elisabeth Quin

He bien voilà, Christian Estrosi, a rencontré aujourd’hui Anna Wintour, rédactrice en chef du Vogue US sous l’égide de la talentueuse et ravissante Elisabeth Quin à la voix de velours.

Le ton a semblé légèrement différent et mesuré par rapport à l’annonce qui avait fait l’effet d’une bombe la semaine dernière.

Néanmoins, il ne s’agit pas d’un pétard mouillé, comme l’annulation de la conférence de presse par Anna Wintour pouvait le laissait supposer.

La diablesse s’est entretenue une demi-heure avec le ministre de l’industrie mais a refusé de donner un point de presse (on peut comprendre) et d’être photographiée (là, ça va un peu loin).

Il n’a pas été question de sauver la jeune création française mais d’échanger sur “divers sujets”.

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Anna Wintour

Nous n’en saurons pas plus sur la rencontre, ce qui n’est pas bien grave. En revanche, il est intéressant de s’arrêter sur les propos du ministre concernant le soutien du gouvernement à l’industrie de la mode.

A nouveau: pile les bons projets, face: ceux qu’il faut recadrer.

Pile: le rappel de la charte signée par les maisons de luxe afin de soutenir les façonniers, et  la création d’une banque de la mode (dont l’annonce avait été faite lors du dernier salon du PAP). Il semble que le dossier ait avancé puisque le projet, en partenariat avec Oséo et la caisse des dépôts devrait être finalisé fin mars. Vraisemblablement, il s’agira d’une amélioration, qu’on espère sensible, des aides déjà existantes au travers de Mode et Finance dont la puissance de feu a été récemment augmentée de manière importante. Quant à Oséo, les critiques ont été suffisamment puissantes de la part de la filière pour se plaindre de son manque d’implication dans le domaine de la mode et de la jeune création pour que le plus sourd des hommes politiques puisse prétendre ne pas être au courant.

Pile encore : La souplesse demandée à l’inspection du travail par rapport aux dates qui précédent les défilés. En effet, celle-ci semble s’être fait un devoir, voire une habitude, de systématiquement contrôler les maisons de couture la veille de leur défilé lorsque tout le monde est sur le pont.

La plupart des chefs de maisons, dont votre serviteur, se sont ainsi retrouvés, sur les bancs du tribunal correctionnel pour avoir passé ainsi que les couturières, une nuit blanche la veille du défilé. La nuit blanche est une tradition dans les maisons de couture. Les syndicats le savent et ont été jusqu’à soutenir les patrons sur le banc des prévenus. Il n’est que de voir, dans le film de Loïc Prigent sur Jean-Paul Gaultier, passé jeudi dernier sur ARTE, les larmes d’émotion et de fierté des couturières lorsque leurs modèles préparés pendant la nuit passent sur le podium.  Comme le disait récemment un ancien ministre: c’est comme mettre un radar sur une piste de Formule Un.

C’est tellement plus facile, n’est ce pas, de harponner une baleine dont on sait à quelle heure elle passe plutôt que d’aller à la pêche aux petits poissons, comme -exemple pris totalement au hasard-  les centaines d’ateliers clandestin du sentier chinois… Donnons acte au ministre de cette décision sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir.

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Christian Estrosi

Coté face : Christian Estrosi a parlé pour la seconde fois de la création d’une nouvelle école de la mode en France, qui serait l’équivalent de la St Martins school. Et là, l’ensemble de la profession a pourtant déjà donné une réponse négative. Les raisons sont nombreuses.

En premier lieu : pour qu’une école de mode se fasse une réputation internationale, il faut vingt ans.  Nous ne les avons pas.

Ensuite : Il y a déjà énormément d’écoles de mode en France, dont une dizaine de haut niveau : Ecole de la chambre syndicale de la Couture, Esmod, Berçot, Chardon-Savard, Ensad, et même Instituto Marangoni, etc… Pour chacune d’entre elle, le savoir-faire existe, c’est le faire-savoir qui n’est pas à la hauteur.

Alors d’où vient le problème ? Tout d’abord d’une faille dans la profession. En effet, en Angleterre, en Italie, (Piattaforma Sistema Formativo Moda) les écoles se regroupent en fédérations ou en plateformes. En France, elles se connaissent à peine et chacune travaille en quasi autarcie. Les défilés de fin d’année ont lieu sur trois semaines, en ordre dispersé. Elles éprouvent les plus grandes difficultés pour trouver des lieux appropriés et y  faire venir la profession.

Tout d’abord, il faut les aider à se regrouper tout en respectant la personnalité et la spécificité de chacune ainsi que l’a fait le projet CUMULUS pour les écoles de design. Il y a ensuite une solution bien moins coûteuse et bien plus rapide de mettre nos écoles à niveau avec les plus grandes européennes que d’en créer une nouvelle: 

Il suffit de prendre exemple sur l’Angleterre et sa « graduate fashion week » qui existe depuis 20 ans. Chaque année au mois de juin, les écoles de mode présentent chacune leur défilé le même jour, en un même lieu et de la manière qui lui est propre. On convoque les journalistes, les chasseurs de tête, les DRH des maisons et l’événement devient une véritable foire au job.

Le système appliqué à nos écoles avec l’aide de la Ville de Paris et de l’Etat ne couterait pas de somme folle et créerait entre elles une véritable émulation. Après quelques années de collaboration et de compétition confraternelle, il est permis de penser, outre le prestige que Paris en retirerait par ce coup de projecteur, que nous n’aurions plus rien à envier aux autres grandes villes de la Mode.

Avantage, rapidité, coût, efficacité et satisfaction des écoles existantes. Dont acte.

Je profite de cet article pour remercier les lecteurs de plus en plus nombreux de ce blog qui prouve l’intérêt d’une autre lecture du Monde Merveilleux de la Mode.

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LE DIABLE ET LE MINISTRE

24 janvier 2010

estrosiIl a suffit d’une annonce et le landernau de la mode française s’est excité comme jamais.
On ne parle plus que cela depuis la fin de la semaine: Anna Wintour, rédactrice en chef du Vogue US, sera reçue ce lundi par Christian Estrosi. Cette rencontre aura pour sujet l’aide à la jeune création et sera suivie d’une conférence de presse qui résumera cet entretien. Evidemment, tous les journalistes sont sens dessus-dessous et on se bat pour obtenir une accréditation.
L’idée, inédite et dont on devine l’instigatrice : Elisabeth Quin, conseillère auprès du ministre de l’industrie pour la mode est séduisante au premier chef.
Cependant, il est nécessaire de faire un petit arrêt sur image pour décrypter la situation, coté pile et coté face.
Côté pile : on ne peut nier la connaissance du dossier par la grande prêtresse de la mode, le Diable en personne: Anna Wintour.

Elle est à juste titre considérée comme l’Editrix la plus influente de la planète mode. Ainsi, VOGUE US fait souvent appel à de jeunes créateurs américains en partenariat avec des grands magasins.

On ne peut que saluer cette politique et s’en réjouir pour New York. Le Président Obama vient fort justement de la nommer au Comité nouvellement créé des Arts et des lettres.
On sait moins en France qu’elle a énormément fait pour la mode anglo-saxonne. En effet, c’est à elle que les chefs de maisons, Bernard Arnaud en tête s’adressent afin de se faire conseiller sur le choix des créateurs.

Ainsi on lui doit les brillantes nominations de John Galliano, Alexander Mc Queen, et celle moins heureuse de Julien Mc Donald.
Coté face : quid de la rencontre franco Américaine ?


Dans le documentaire de Loïc Prigent, qui a mis le feu aux poudres, voici ce que déclarait la diablesse:
« Je pense qu’il ‘est tout à fait important pour nous tous dans l’industrie de la mode américaine de soutenir les jeunes créateurs, et je pense que c’est pourquoi New York est devenu un tel centre dynamique de la mode, car que les gens y viennent, non seulement pour voir Donna Karan mais une toute nouvelle génération. Je suis tellement désolée qu’il n’y ait pas quelque chose qui soit similaire à Paris. Je pense qu’ils devraient chercher la jeune génération, ici [à Paris] également. Non seulement New York, mais Londres soutiennent réellement leurs jeunes talents; Franca Sozzani à Vogue Italie soutient les jeunes designers italiens, et je pense que la France est aussi connue pour son industrie de la mode – pour eux de ne pas tendre la main pour aider les jeunes d’aujourd’hui est vraiment une honte. »(*)

Une traduction sémiotique s’impose : Franca Sozzani pour Vogue Italie, et moi Anna pour Vogue US, soutenons la relève dans nos pays respectifs ; Carine Roitfeld, rédactrice en chef, a transformé le Vogue France en catalogue pour annonceurs et ne s’intéresse pas à la jeune création française !
Au-delà de la vacherie personnelle, ce qu’Anna Wintour reproche au Vogue France peut s’appliquer à 90% de la presse française. (**)
Dire que les journalistes français ne soutiennent pas la nouvelle création nationale, souvent plus intéressés par la phrase qui claque et le réconfort de la belle maison de luxe est un euphémisme dont ils sont d’ailleurs très conscients. On aimerait en outre les voir plus souvent dans les défilés des jeunes créateurs et pas seulement à ceux des grandes maisons. Ils ont également des pressions de leur direction ainsi que du service publicitaire, mais au delà de cela, l’industrie française elle même contribue à regarder vers Londres, Anvers, Rome ou Milan pour ses nouveaux directeurs artistiques. Seul Balenciaga fait figure d’olibrius en ayant choisi un français : Nicolas Ghesquière, dont le nom aurait été soufflé toutefois par une certaine Anna Wintour.wintour_gallery__470x312

Résumons le sentiment partagé par l’ensemble de la mode française : « Le ministre qui s’intéresse aujourd’hui au dossier mode prend à son tour les conseils d’une grande professionnelle américaine, infligeant ainsi un camouflet à l’ensemble de la presse française et des institutions comme la fédération de la couture. La couleuvre est dure à avaler pour les professionnels français. »
Toutefois, une petite fausse note vient nous donner une deuxième lecture de ce rendez-vous : Anna Wintour aurait demandé que la conférence de presse soit annulée et que seul soit conservé le rendez-vous avec le ministre.

Décryptons une nouvelle fois : Anna Wintour est décidément très intelligente. A-t-elle pensé que cette conférence de presse arrivait beaucoup trop tôt et ressemblait à un faire valoir politique ? L’a-t-elle trouvée (avec raison) trop people ? (On se souvient des désastreuses rencontres Chirac – Madonna et Sarkozy-Tom Cruise). Ou n’a-t-elle simplement pas voulu passer comme une donneuse de leçon auprès des professionnels français ? En tout cas, elle a bien joué et pourra assister aux défilés haute couture la tête haute.

(*)” I think it’s totally important for all of us in the American fashion industry to support the young designers, and I think that’s why New York’s become such a vibrant fashion center, because people go there not only to see the Donna Karans of the world but a whole new generation. I’m just so sorry that there isn’t something like that in Paris that’s similar. I think that they should look for the younger generation here [in Paris] as well. Not only New York but London really supports their young talent; Franca Sozzani at Italian Vogue supports the young Italian designers, and I think when France is so known for its fashion industry — for them not to be reaching out to help younger people today is really a shame. ”

*( http://donaldpotard.yagg.com/2010/01/04/ne-rentrez-pas-dans-le-xxi%c2%b0-siecle-a-reculons/) http://donaldpotard.yagg.com/2009/11/30/blogueuse-responsable/ http://donaldpotard.yagg.com/2009/11/15/la-mode-est-elle-encore-a-la-mode/)

 

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LA CREATION D’UN MUSEE DES OUTILS DES METIERS D’ART EST ELLE LA MEILLEURE REPONSE A LA RENAISSANCE DE LA HAUTE COUTURE ?

18 janvier 2010
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Alexandre Matthieu

Les pouvoirs publics ont récemment pris la mesure de la valeur de l’immatériel du luxe. En terme de savoir faire pour cette industrie, notre patrimoine national est extrêmement riche.

Mais il est aussi terriblement en danger.
Tout d’abord, la France n’est pas le seul pays au monde dépositaire d’un savoir faire exceptionnel. Depuis longtemps, les couturiers français font appel aux brodeuses indiennes qui travaillent aussi bien, plus vite et moins cher que nos brodeuses nationales et puis n’oublions pas que la soie a été inventée en Chine, il y a plus de 3 000 ans.

Ensuite, pour que ces métiers artisanaux fonctionnent, il faut des donneurs d’ordre, or, ceux-ci fondent à la vitesse de la banquise sous le réchauffement climatique.

Voici, dans le désordre, la liste de quelques maisons qui ne font plus de haute couture depuis une période récente: Jacques Fath, Jean-Louis Scherrer, Paco Rabanne, Nina Ricci, Thierry Mugler, Yves St Laurent, Christian Lacroix, Carven, Torrente, Courrège, Pierre Cardin, Jacques Esterel, Guy Laroche, Jeanne Lanvin, Pierre Balmain, Alix Grey, Ungaro, et j’en oublie forcément.

Chaque année c’est une ou deux maisons dont les noms disparaissent ainsi, souvent dans l’indifférence la plus totale. Ah si c’étaient des marques d’automobiles, en entendrait-on parler! En attendant, ce sont autant de façonniers en moins en France et autant de savoir faire qui disparaissent.

On entend parler en ce moment d’un musée des outils des métiers d’art, noble projet qui a sans doute sa valeur car les artisans qui disparaissent pourront lui léguer leurs outils de travail et ceux-ci seront exposés sous des vitrines que l’on n’espère pas trop poussiéreuses.

 

L’argent de ce musée ne pourrait il pas être mieux employé ? Il semble que les pouvoirs publics, malgré leurs bonnes intentions manifestes soient un peu perdus dans le monde si particulier de la Mode et du luxe.

L’aide aux jeunes maisons, la création de pépinières, l’accompagnement des jeunes créateurs, les avantages fiscaux consentis aux jeunes pousses ne seraient ils pas un meilleur investissement pour l’avenir?

Le formidable travail effectué par les Ateliers de Paris, les diverses couveuses, pépinières et autres incubateurs est loin d’être suffisant. Les business Angels sont frileux, les investisseurs ne sont pas intéressés au développement des jeunes pousses, car le retour sur investissement leur semble trop long, les banques refusent de parier sur de nouvelles maisons (aucune banque ne voulait ne serait-ce qu’ouvrir un compte à Marc-Antoine Barrois), et les géants du luxe n’ont pas besoin de nouvelles marques, ou du moins le pensent-ils. Quant à Oséo, demandez à Anne Valérie Hash ce qu’elle en pense.

En outre, les maisons de luxe et les créateurs dépendent de pas moins de 5 ministères différents; Industrie, Travail, PME, Culture et Commerce extérieur.

Il est question de la création d’un interlocuteur unique qui serait chargé de la coordination des métiers d’art du luxe et de la mode. Il n’est que temps si l’on veut non seulement sauvegarder ce qui reste des métiers d’art mais également et surtout, favoriser l’émergence de nouvelles maisons.

Ce serait certainement plus utile qu’une énième mise sous cloche de la profession.

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Christian Lacroix

 

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ELIE SAAB signe avec WEYVES pour la création de trois méga yachts

14 janvier 2010

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ELIE SAAB et la société WEYVES annoncent la signature d’un contrat pour la création de trois méga yachts. 

 Elie Saab imaginera la ligne extérieure et l’aménagement intérieur de ces yachts de luxe dont le premier sera dévoilé en exclusivité au salon international du yachting d’Abu Dhabi en février 2010.

 « J’ai toujours cherché à incarner ma vision de la modernité et de l’élégance au delà de la mode elle-même. Dessiner des  yachts et concevoir l’art de vivre qui les accompagne est une opportunité de prolonger l’univers de la marque dans une expérience de luxe globale.» déclare Elie Saab.

 « Nous sommes enchantés de cette collaboration avec la maison ELIE SAAB qui est tout à fait légitime dans ce contexte de luxe extrême. Cet exercice de style permettra au couturier d’exprimer l’univers de la marque Elie Saab dans l’aménagement de l’espace intérieur et de l’art de vivre » souligne Donald Potard pour WEYVES COUTURE”.

 WEYVES COUTURE est un concept créé par WEYVES et Donald Potard (Agent de Luxe) pour développer la création de yachts de luxe griffés par les plus grands créateurs de mode internationaux.

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COUTURE HIGH TECH

12 janvier 2010

A l’heure où les couturiers défilent dans des salles de plus en plus petites, de nombreux magazines internet s’inscrivent à la chambre syndicale de la couture pour assister aux défilés.

 Chaque début de siècle, un bon technologique fait rêver. Il y a cent ans c’étaient les prodigieuses machines de Jules Vernes. On célébrait la construction de la plus haute tour du monde, (à Paris, pas à Dubaï).

Or, quel est le plus grand ennemi de la couture et du luxe ? Le prêt-à-porter ? Mauvaise pioche, car celui-ci n’en est qu’une extension.  L’ennemi de la couture, c’est la haute technologie. Le rêve, en ce moment est le hardware voire le software. La bourse du ménage passe de la petite robe noire à l’écran plat.

 Faut-il y voir un signe des temps ? Bien certainement.

Les nouveaux média et les nouvelles technologies vont révolutionner nos métiers.

 La TV 3D est parait il en route pour la fin de l’année et elle diffusera en premier des matchs de foot. Pourquoi pas plutôt des défilés de mode ?

 Après le sport-couture, apanage de ces dernières années (et marque déposée par Dirk Bikkenbergs), l’avenir est il dans la techno couture ? Réconcilier les deux sera un signe fort de la capacité de créativité des couturiers.

 Depuis dix ans déjà, je promets des robes dans des tissus/écrans de télévision, découpés aux ciseaux.  Une simple puce programmée avec vos images préférées pourront faire défiler sur vous poissons exotiques, forets tropicales, ou même simplement, la robe que vous portez, bougeant doucement au gré d’un vent imaginaire. Depuis cinq ans, des marques comme Philips s’attèlent à intégrer de l’image dans les textiles.

 Pour les incrédules, premier balbutiements dans ce clip vidéo, d’une robe LED en organdi  et mousseline de soie aux USA.

 

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Ne rentrez pas dans le XXI° siècle à reculons

4 janvier 2010

solersBande de petits veinards,

des interviews comme celle là vous n’en aurez pas souvent. Aujourd’hui nous visitons les coulisses de la mode avec pour guide, Jean-François Soler qui codirige le bureau de presse STATION SERVICE  avec Olivier Houlez.

Il fait unconstat doux-amer et extraordinairement précis sur les changements du métier d’attaché de presse et de journaliste depuis cinq ans. Il fait aussi un état des lieux très sombre de la presse française, et cela nous incite une nouvelle fois à trouver si moderne la formule: « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace et la Patrie sera sauvée. » Ah, si Danton avait été couturier!

 

Donald Potard : Comme tu le sais, ce qui m’intéresse est de montrer au lecteur le coté caché de la mode. On parle assez peu du rapport entre les créateurs et les attachés de presse.  Aujourd ‘hui, on ne peut plus se passer d’un bureau de presse. Quand un créateur vient te voir, comment réagis-tu ? Qu’est ce qui te pousse à accepter de travailler avec l’un et pas avec l’autre ? Que peut apporter un attaché de presse à un jeune créateur et comment peut il  s’offrir ses services puisque c’est tout de même couteux?

Jean-François Soler : Tout d’abord, ce sont souvent les créateurs qui viennent nous voir.  J’en vois beaucoup et très régulièrement. Le choix d’accepter un nouveau créateur à l’agence se fait sur le travail, sur la collection, bien que ce soit bien entendu très arbitraire, c’est souvent : j’aime/ je n’aime pas. Mêmes critères pour la personnalité : C’est une belle rencontre ou ce n’en est pas une.  C’est aussi un début de réponse quant aux services que nous apportons ; pourquoi ne pas dire qu’il existe un tarif « coup de cœur » ? Il arrive parfois qu’on rencontre quelqu’un qui vous scotche, qu’on a envie de croire et de pousser. En fait, il n’y a pas de règle. Par rapport à l’argent, la façon dont on procède de toute façon c’est : pas de gratuité.

DP Oui, ce qui est gratuit n’a pas de valeur, et cela fausse les relations.

JFS : Il faut  déterminer ensemble quelles sont les priorités, où l’on en est dans le développement de la marque. Tout change si l’on en est aux balbutiements ou si l’on a déjà quelques collections. Nous nous fixons des missions d’étape, pas le job d’attaché de presse avec tout le package, car celui-ci devient de plus en plus large.

DP : Justement, quand un jeune créateur vient vous voir, ne veut-il pas, avoir  100% du package ? J’imagine que le choix ne repose pas que sur des critères financiers ? N’y a-t-il pas des créateurs qui arrivent elle_fravec un financement et auxquels vous déconseillez de faire un défilé ?

JFS : En effet, d’abord, très souvent les jeunes créateurs veulent commencer par un défilé, alors qu’il est un peu tôt car c’est très couteux. Souvent il vaut mieux commencer avec le produit avant de se jeter dans l’arène des défilés pour lesquels les journalistes se déplacent de moins en moins. Aujourd’hui, il y a de meilleures façons de dépenser argent et énergie qu’un défilé. Notre rôle en premier lieu c’est d’abord le conseil, c’est de les mettre sur des rails. C’est de leur dire, selon nous, ce qu’il est le plus urgent de faire. Ce que les créateurs demandent très vite, ce sont des collaborations avec les « peoples »,  et trouver des directions rémunérées. C’est aussi un problème de limitation de budget, parce que, que ce soit un jeune créateur ou une grosse maison, on a tendance à prendre les bureaux de presse pour des fourre-tout. On prend la place des agences de communication, bientôt des agences de pub, des maisons de production, car on nous demande de faire tout cela. Nous essayons de répondre à toutes ces nouvelles demandes, image, photo, pub, look books commerciaux, nous ne sommes plus limités aux relations avec la presse. C’est la raison pour laquelle il faut établir des priorités selon les besoins et les moyens de chacun. Parmi les jeunes créateurs, il y en a beaucoup qui pensent qu’avoir un bureau de presse va régler tous leurs problèmes, et ça bien sûr, gratuitement.

DP : C’est très naïf. Est ce qu’on leur enseigne cela dans les écoles ?

JFS : je me suis rendu compte que, pour ceux qui sont très jeunes, ils ignorent tout, et ils viennent nous voir justement pour qu’on le leur explique à quoi l’on sert. J’en déduis que cela ne fait pas partie du cursus. Une fois qu’ils sortent de l’école, quelqu’un leur dit : tu devrais faire appel à un bureau de presse, et ils arrivent vers nous totalement perdus, sans aucune notion de ce que cela va leur coûter, ni  surtout ce que cela va leur rapporter.  Le conseil est donc la priorité. A Station Service, on les a au téléphone tous les jours pour la moindre des choses, même pour savoir si c’est bien d’aller prendre un café avec untel ou unetelle, c’est une vraie mission d’accompagnement.

DP : c’est un travail de coach !grazia-637x0-3

JFS : Oui, notre mission a beaucoup changé, surtout depuis 4 ou 5 ans. Les bureaux de presse font de l’accompagnement et  du coaching, rassurent quand il y a des doutes, boostent quand il y a un ralentissement, s’effacent quand il y a un succès. (Rires). C’est tout une gymnastique et en même temps c’est ce qui rend ce métier passionnant.  J’ai rencontré récemment un créateur qui voulait uniquement être directeur artistique et qui cherchait un accompagnement total : pour l’editing sur une collection, pour le stylisme sur les visuels, pour le choix du photographe et des mannequins, c’est-à-dire pratiquement pour faire le travail à sa place. Il fallait juste lui soumettre les visuels  et demander ce qu’il en pensait, et son propre travail se serait limité à dire : « ça oui, ça non, ça non, ça oui… ».

DP : Mais ça j’imagine que c’est pour des collections qui ne sont pas très créatives ?

JFS : Ou qui parfois le sont trop!  En fait, j’ai l’impression que les gens sont perdus aujourd’hui, ils ne savent plus dans quelle direction ils doivent aller. Par chance, il y en a quelques uns qui on des convictions, qui sont sûrs d’eux, et en général, ce sont souvent les meilleurs, mais c’est loin d’être le cas de tous.  Et ca ce n’est pas que pour les jeunes créateurs mais également pour certaines maisons confirmées.

DP Mais est ce que ce n’est pas aussi une forme de snobisme depuis que l’on demande à des Editrix* de faire du consulting sur les collections ?

JFS : je crois sincèrement qu’ils sont complètement paumés depuis qu’on nous a farci la tête de règles de marketing ! Du coup, plutôt que d’exprimer leur personnalité, de montrer ce dont ils sont capables avec leurs tripes, d’imposer leur créativité, ils pensent qu’il est plus judicieux de s’adapter à une demande. Donc ils essayent de coller à ce qui va se faire, ce en quoi je ne crois pas du tout.

DP : Oui, l’application du principe de précaution au marketing de l’offre, c’est schizophrénique. Ça explique leur désarroi, car c’est stupide et ça ne peut pas marcher.

 

JFS : Oui, ça devient un produit consensuel et donc plus du tout créatif. Quand tu vois les défilés aujourd’hui, c’est prise de risque minimale…

DP Mais qui dit marketing dit commercial, est ce vraiment le travail d’un bureau de presse ?

JFS on s’adresse aux bureaux de presse comme si nous allions anticiper la demande au lieu de la créer, c’est le ravage du marketing ! Je n’arrête pas de déconseiller ce type de processus.

DP : Parlons un peu de la responsabilité de la presse dans cette transformation. Dans les années 80-90, on arrivait avec des nouveaux créateurs et la presse s’en faisait largement l’écho. As-tu la sensation qu’elle le fait autant aujourd’hui ?

JFS : A part une certaine presse, la réponse est non ! La presse n’est pas libre du tout et c’est à nous de jongler avec ça. La plupart des journalistes ne s’intéressent pas à la nouveauté. Quelques uns sont curieux, mais pas la majorité. C’est heureusement en train de changer depuis très très peu de temps, à cause de la crise, et surtout à cause de l’arrivée de nouveaux magazines comme GRAZIA qui ont fait un peu peur à tout le monde. Positionné entre ELLE et GALA, Les rédactrices de ce magazine ont fait preuve d’audace et, dans un élan de modernité, elles ont fait le tour de tous les bureaux de presse pour voir ce que faisaient les jeunes créateurs. Du coup, les rédactrices des autres magazines n’ont pas voulu être en reste et commencent à s’y intéresser, mais seulement parce qu’elles se sont senties en danger.

DP Il y a donc des chances pour que l’annonceur ne soit plus le rédacteur en chef ?

JFS : C’est vraiment tout nouveau ! Jusqu’à présent, ils ne s’intéressaient à rien que ce qui pouvait rapporter de l’argent,  tout était fait pour remercier ou pour séduire l’annonceur, en faire venir de nouveaux. Ca c’était la ligne éditoriale jusqu’à très récemment en France. Heureusement qu’il y a la presse internationale!

DP : Ce n’est pas la même chose à l’étranger ? Pourtant, c’est en France qu’il y a la plus de jeunes créateurs !

JFS : Oui, c’est à Paris que ça se passe, mais c’est la presse française qui s’y intéresse le moins ! D’ailleurs, la conséquence, c’est que la presse française est totalement ignorée du reste du monde ! Pour avoir travaillé avec la presse anglaise sur le grand prix de l’ANDAM**,  je me suis aperçu que, pour les rédacteurs anglais, la presse française est quelque chose d’inexistant, elle n’a aucun poids! C’est aussi la raison pour laquelle on ne peut plus se contenter d’être un bureau de presse franco-français.

DP : C’est vrai qu’on entend souvent dire par les  journalistes internationaux que les magazines français ne sont que des catalogues sans nouveauté, par rapport à la presse anglo-saxonne qui fait pratiquement un travail d’investigation

JFS : Oui, on a ici quelque chose qui plombe.  C’est pourquoi je dis souvent aux créateurs et aux journalistes de s’assumer et de rentrer dans le XXI° siècle de face et non à reculons. Ils regardent tous vers le passé ! On veut ressusciter des vieilles maisons ou de vieux magazines plutôt que de parier sur la jeune création. Mais qu’on les laisse crever, toutes ces vieilles baraques ! Et qu’on crée de nouvelles choses ! Regardez les jeunes créateurs qui espèrent tous rentrer dans telle ou telle maison, pourquoi pas la sécurité sociale ?  J’ai envie de leur dire : oubliez l’idée ! La meilleure chose qui puisse nous arriver à tous c’est d’avoir de nouvelles marques et qu’on arrête de nous bassiner avec des Balmain, des Guy Laroche dont personne ne veut plus ! Tous sont à reculons de l’histoire, une armée qui marche à l’envers  avec de vieux schémas qui ne fonctionnent plus! Heureusement qu’on a le vintage, parce qu’en terme de création contemporaine, il n’y a pas grand-chose. Je trouve qu’il y a plus de création chez certains italiens, egala-ou-637x0-1spagnols, allemands, américains qui eux font face et recherchent à être modernes et novateurs ! ca vaut autant pour la création que pour la presse.

DP : Est-ce que la presse française ne croit plus en la création ou est-ce de la paresse?

JFS : Je crois que la plupart des rédactrices sont fatiguées, sclérosées, elles n’ont pas envie de faire des efforts. Et puis je crois aussi qu’elles ont perdu le fil. A part avec quelques professionnelles, quand une rédactrice se trouve devant une collection, on a la sensation qu’elle est incapable de dire si elle la trouve bien ou non. Elle va titiller sur un détail, embobiner le truc sur un blabla qui ne veut rien dire, mais surtout pas donner son avis, parce qu’en réalité elle n’en a pas.  Elles sont paumées. Elles ont tellement peur d’être ringardes si elles disent qu’elles n’aiment pas alors que tout le monde dit que c’est bien, qu’ elles vont attendre, attendre de savoir ce que les anglaises en pensent. Personne ne se prononce ! Là aussi, c’est prise de risque Zéro, tout le monde a peur! Alors, évidemment, elles vont aller vers les valeurs sûres : les grandes maisons on adore toujours, forcément. La presse française, à cause de ce manque d’audace est vraiment responsable, mais elle est en train de le payer très cher. Elle a un pied dans la tombe et l’autre qui glisse alors qu’il y a des magazines à l’international qui sont florissants, avec lesquels on a tous envie de travailler et qui nous font évidemment oublier tous les autres. La presse française a vraiment intérêt à se ressaisir, sinon, bientôt elle n’existera plus,  les magazines mourront en même temps que leurs vieilles lectrices.

DP Comme certaines maisons de couture sont mortes avec leurs clientes…

JFS : Exactement, elles sont incapables de se projeter, d’avoir des coups de cœur, de se mouiller. Sauf pour de l’actualité, de la news, pour les 30 bûches de Noël des créateurs en fin d’année parce qu’il faut bien mettre quelque chose en face de la pub.

DP : Quand on parle de mode, il faut bien s’y connaitre; la mode, ce ne sont pas que des coups de cœur, c’est aussi une culture. Rares sont les Editrix, comme Nicole Picart ou Elisabeth Djian qui savent décrypter un tissu, un tombé ou une épaule. Ce manque de culture est il dû au fait qu’il n’y a pas de formation spécifique pour les journalistes de mode ?

JFS :  Aujourd’hui n’importe qui peut s’instituer rédactrice de mode. Plus sérieusement,  le métier a complètement changé. Parfois on n’a pas besoin d’avoir une culture mode, on peut être très pertinent en ayant une culture de l’image. On peut être critique simplement parce qu’on a tous les codes en tête. Mais encore une fois, tout le monde ne s’intéresse pas ou ne possède pas cette culture de l’image.

DP Tu disais, plus haut, qu’il y avait une désaffection des journalistes pour les défilés, cela n’aide pas à se forger une culture de mode ou d’image.Paris_Match3

JFS : c’est exact! En même temps, de plus en plus on les brime. Déjà, elles sont souvent très mal payées. Quand on pense qu’elles sont payées à la pige syndicale, à 55€ le feuillet,  on imagine le nombre d’appels qu’on reçoit de journalistes qui demandent à écrire des dossiers de presse. C’est une vraie misère dans ce pays. D’autant plus qu’il y a un jeu de chaises musicales comme jamais dans les rédactions. Ensuite on leur impose leurs sujets, et de plus en plus, on leur interdit d’aller voir les défilés.

DP : Mais pourquoi ? Le défilé est leur meilleur instrument de travail, c’est là où toute l’histoire de leurs 6 prochains mois est racontée !

JFS : Parce qu’il faut être présent à la rédaction ! On leur propose d’y aller le week end ou de poser des jours sur leurs congés. Et cela même dans des magazines de mode ou dans certains quotidiens.

DP : C’est la vengeance mesquine des chefaillons ou la victoire des cerveaux gauches? Comme si un défilé c’était la fête, champagne cocktail et pas un marathon de travail.

JFS : Plutôt comme si c’était une perte de temps; il faut être au bureau. C’est incroyable ! Ce sont les rédacteurs en chef qui tiennent cela de leur direction qui doit penser qu’on n’est pas payé pour prendre du plaisir dans son travail. Donc, pour peu que tu sois une bonne journaliste de mode, que tu sois volontaire, curieuse, que tu aies envie, il faut que tu te battes contre tout le monde. On peut comprendre aussi qu’on puisse baisser les bras, et qu’on voit tant de rédactrices démotivées. Il y a aussi celles auxquelles on demande de donner un aspect économique à leurs articles, alors avec la crise, cela donne un côté un peu charognard. Machin, va mal, il est en redressement judiciaire, il ferme, etc.  Juste assez tabloïd pour attirer le lecteur. Tu peux plus facilement communiquer sur un dépôt de bilan que sur une réussite ! Il faut savoir s’adapter… Cela dit, en ce moment, comme tout le monde en bave, la profession est un peu plus solidaire parce qu’elle se sent en danger. Pourvu que ça dure après la crise !

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*Editrix : rédactrice de mode star, type Anna Wintur

**ANDAM (Association nationale pour le développement des arts de ma mode,  dépendant du ministère de la culture)

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Christian Lacroix ou le triomphe du Mismanagement

8 décembre 2009

christian-lacroix-bigCe qui arrive à la maison Christian Lacroix est proprement scandaleux ! Christian Lacroix est l’un des grands créateurs du siècle, nul ne peut ni ne doit en douter. Son talent, sa gentillesse, son humour font de ce génie de la création l’une des personnalités les plus originales de l’intelligentsia parisienne. Son inspiration, puisée au cœur de la Provence, relookée à l’aune des défilés parisiens, a fait le tour du monde. Son nom est connu de San Francisco à Tokyo, 3 expositions de ses créations font le tour de la planète en permanence, le public fait la queue pour les voir. Alors pourquoi cette déroute aujourd’hui?

La haute couture est une vitrine, un produit d’appel. Mais c’est clairement une façade.
Elle permet de créer de l’image de l’image et encore de l’image. Cependant, ce qu’on sait moins c’est qu’à elle seule, non seulement, elle ne rapporte pas d’argent, mais qu’elle en coûte énormément. Que chaque modèle fabriqué fait perdre plus d’argent qu’il n’en rapporte. En fait, ce système un peu absurde fait qu’une collection montrée et non fabriquée serait plus économique qu’une collection que l’on réplique.

En effet, il est impossible de répercuter l’ensemble des coûts de fabrication et pour que chaque modèle vendu soit rentable il faudrait en multiplier la marge par deux ou trois car celle-ci est horriblement basse, voire négative. Ce n’est certainement pas un modèle économique à suivre en tant que tel. Alors, me direz-vous, pourquoi continuer cet art aujourd’hui ?a christian-lacroix-374987

Plusieurs réponses.

Imaginez la mode comme un train à vapeur : La locomotive/couture tire les wagons/produits. La locomotive consomme du charbon pour avancer. S’il n’y a pas de wagons accrochés, elle consomme pour rien et n’ira pas loin : Cercle vicieux. Si elle tire de nombreuses voitures, 1ere classe, 2e voire 3e classe, marchandises, les passagers et les marchandises servent à payer le charbon et même plus. Le train peut rouler indéfiniment. Cercle vertueux.

Il faut considérer la couture à la fois comme un exercice de style et une expression artistique, mais également comme un positionnement marketing et une formidable promotion publicitaire pour la marque. Or la publicité est faite pour vendre. Si elle ne vend que de la couture, cette tautologie va rapidement la mettre sur la paille pour les raisons expliquées plus haut. Il faut donc vendre autre chose : Des parfums, du prêt-à-porter de luxe, des accessoires, des jeans, du rêve  à portée de toutes les bourses.  C’est la que le bât à blessé chez Christian Lacroix qu’une succession d’erreurs managériales a conduit à la situation actuelle. Résultat : Nib de parfum à succès, ou de produits a fort potentiel d’achat. La machine tourne à vide et s’emballe, d’où les 10 millions de dettes.

 N’importe qui ne peut pas s’improviser du jour au lendemain stratège dans le monde du luxe. L’erreur des frères Fallic, du groupe Marchpole, de toutes les propriétaires qui ne viennent pas du monde du luxe c’est qu’ils croient qu’une maison de luxe se dirige avec une politique à court terme. Or, bien souvent, la première chose que fait le repreneur d’une maison de couture est … de supprimer la couture. C’est une grande erreur stratégique. Il vaut mieux déduire la couture de son budget publicitaire. Quelques pages en moins de réclames dans les magazines seront remplacées par autant sinon plus de rédactionnel.

 Lorsque je dirigeais le groupe Gaultier, un calcul simple montrait qu’un euro investi dans un défilé de haute-couture rapportait dix fois son équivalent en rédactionnel : 1 millions d’euros pour un défilé en rapportait donc dix en articles de presse et autres passages télévisés. Or nous n’avions pas un budget publicitaire de 10 millions d’Euros. Et nous avions parfums et prêt-à-porter pour bénéficier des retombées presse. Ces bénéfices étaient réinvestis dans la couture et le cercle vertueux fonctionnait à merveille.

 robe-chatoyante-christian-lacroix-20416Il n’y a pas trente-six façons de traiter une maison de mode. Il y a des modèles, simples et efficaces et qui ont fait leur preuve. Ils évoluent au cours du temps mais restent basiquement les mêmes. Il n’y a que le rythme qui s’accélère. Ceux qui refusent de suivre ces modèles s’exposent vite à la catastrophe!  C’est aussi simple que cela. Certains investisseurs pensent qu’une nouvelle maison sera rentable dans l’année de sa création, voire dans la seconde. Or, le temps et la patience sont un facteur clef dans la réussite d’une maison de luxe. Si le prêt à porter est au Sentier ce qu’un verger est à un potager, la haute couture, elle, est un jardin d’agrément. Il ne sert à rien d’aller trop vite.

 Les journalistes, les acheteurs et les clientes continuent à venir à Paris deux fois l’an pour assister aux défilés de couture. Cela crée d’importantes retombées économiques pour la Ville, pour l’hôtellerie, et bien sûr pour le prestige de notre pays.

 Les politiques ont il comprit la leçon? Les réponses sont mitigées. Certains veulent faire des choses et le disent, d’autres regardent le bout de leurs mocassins car ils pensent que défendre le luxe c’est se mettre du coté des riches, ce qui en ces périodes troublées, n’est pas bien venu. Comme ils ont tort ! 22 milliards d’€, c’est le montant annuel du chiffre d’affaire de l’ensemble des maisons de luxe, formant le deuxième exportateur français après l’aéronautique, le tout sans aucune subvention ! Des pourcentages d’augmentation de chiffre d’affaire à deux chiffres chaque année. Ca c’est un modèle économique.mariee-poupee-christian-lacroix-314138

 Alors, n’est il pas temps de renvoyer l’ascenseur, l’état, la ville, le ministère du tourisme, que sais-je ? Christian Lacroix est un génie, mais cela ne suffit pas s’il est tout seul !

 Gageons donc que le talent de Christian Lacroix ne restera pas orphelin et qu’enfin, cette maison ait à sa tête les stratèges qu’elle mérite.

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artisans-du-luxe-en-voie-de-disparition

5 décembre 2009
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lire ce tres bon article de Stéphanie Bui

Artisans du luxe, en voie de disparition?

Qu’ils soient ennoblisseurs de textile, plumassiers, brodeurs ou formiers, leur atelier d’art se cherche un avenir sous peine de disparaître. Le paradoxe: l’oubli de ces savoir-faire rares, méconnus, manuels et dévalorisés alors qu’ils sont au cœur de la créativité d’un luxe français rayonnant dans le monde, propre à l’image de marque de la France… et dont le chiffre d’affaire est proche de celui de l’industrie automobile! Stéphanie a décidé de vous emmener à la découverte de ces artisans… Un article à suivre en 3 épisodes.

Episode 1 : Le paradoxe du métier d’artisan du luxe
“Des savoir-faire mondialement reconnus, mais comment le faire savoir?”, expose d’emblée, auprès d’une assemblée d’artisans, Donald Potard, ex-dirigeant de Jean-Paul Gaultier, désormais directeur général l’agence de communication Agent de Luxe. La crise des artisans est telle que la Chambre du commerce et de l’industrie de Paris a décidé d’organiser un programme de formation et de rencontres facilitant le dialogue entre maisons de luxe, experts et artisans.

Débordé de travail et menacé de disparition ?!
En effet, comment faire savoir, par exemple, que le dernier atelier de formier en France est menacé de disparition faute de relève? Et d’ailleurs, savez-vous même ce qu’est un formier?

D’après un croquis, le couple d’artisans Lorenzo et Lucie Ré sculptent, depuis 1973, des formes en bois adaptées à chaque système de fabrication du chapeau de chaque pays. Ils réalisent les formes de chapeau les plus folles, ce sont des formiers. Aujourd’hui à l’approche de la retraite et débordés de travail, ils continuent tous les 2 à répondre aux commandes de particuliers, du cinéma et de la haute couture.

L’artisan glamour de la presse mode
C’est souvent l’histoire préférée des médias de la mode à l’heure des défilés haute couture: des heures interminables transformées en nuits blanches à travailler et évoquées en une éloquence tissée d’adjectifs virevoltants. Un rythme infernal transformé en moment magique, privilégié, créatif… C’est l’artisan glamour de la presse de mode.

Oui, me direz-vous, la presse spécialisée est destinée, non pas à dévoiler les coulisses de la création, mais à mettre en scène sa magie, à cultiver le mystère de savoir-faire rares, le tout nourri de cette spécificité émouvante: une transmission familiale de génération en génération jusqu’à nos jours… La presse transformera alors ces belles histoires en sagas familiales témoins de toute l’histoire de la mode française.

Résultat: on s’étonne alors d’apprendre de la bouche des artisans formiers la disparition annoncée de leur atelier. Et d’écouter Lucie Ré se souvenir d’un formier lui affirmant : “je veux être ouvrier mais pas patron”. Hors de question de suivre le rythme effréné des collections de mode, des dernières minutes et des nuits passées à travailler. Un travail de formier mais à horaires fixes. “Les bras m’en sont tombés!”, raconte Lucie, passionnée par son métier et choquée de l’argument, pourtant compréhensible.

Combien de personnes pourraient s’adonner à ce rythme de travail fait d’une succession de périodes très courtes, très intenses, sans droit à l’erreur, le tout pour une qualité optimale, hautement médiatique ?

Artisan de l’ombre sur le devant de la scène ?
En outre, comment l’artisan-fournisseur peut-il communiquer alors que la discrétion est contractuellement de mise?, s’interroge-t-on de suite. Il existe bien plusieurs organisations comme les Ateliers d’art de France, premier groupement professionnel des métiers d’art ou les médiatiques remises annuelles de Prix du Talent du Luxe et de la Création ou encore le Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main. Elles offriront une visibilité certaine à des artisans.

Cas unique : la force de frappe de la société indépendante Paraffection, créée par la maison Chanel en 1997 à l’occasion du rachat d’ateliers d’art. Des défilés sont organisés à travers le monde à l’attention de la presse locale pour mettre en valeur le savoir-faire de ces artisans français. Quelques 150 journalistes sont alors présents tous supports médiatiques confondus, dont 70% à l’international.

Aujourd’hui, Paraffection compte les ateliers Massaro (bottier), Lesage (brodeur), Desrues (orfèvre), Lémarié (plumassier), Guillet (créateur de fleurs artificielles), Michel (chapelier) et Goossens (parurier), dont “la vocation“, insiste son président Bruno Pavlovsky aussi président des activités mode de Chanel en 2009, “est de vivre indépendamment. Aujourd’hui, ces maisons doivent connaître une vraie réalité économique ; elles doivent développer des clients en dehors du travail qu’elles peuvent faire avec Chanel“.

Savoir-faire protégés par Paraffection
“Tout ce travail avec les artisans ne s’improvise pas“, insiste le président de Paraffection, Bruno Pavlovsky. “Il est nécessaire d’agir sur la pérennité de ces savoir-faire qui rencontrent bien des difficultés“, reconnaît-il. “En soutenant les artisans avec des services généraux, de façon centralisée, ils sont à l’abri des soucis financiers et de pérennité ; ils se concentrent sur leur travail avec les studios de création”.

Et quoi de plus naturel que d’associer la saga de la maison Chanel dont les actuels actionnaires sont les héritiers des frères Wertheimer associés de Mademoiselle Chanel dès 1924, à celles de ces ateliers, eux aussi, issus de sagas familiales. Bruno Pavlovsky mentionne même “une espèce de complicité” avec des artisans dont le travail avec la maison remonte parfois au temps de Mademoiselle Chanel. Est-ce d’ailleurs le sens de ce nom Paraffection? “Mais le rachat d’ateliers en difficulté de relève n’a pas été fait au nom d’une fidélité“, insiste le président, “c’est un mélange de plusieurs raisons. Il y a beaucoup de choses qui ne pourraient pas continuer à exister si ces savoir-faire n’étaient pas présents à Paris”.

On pense alors au risque de la disparition annoncée de l’atelier La Forme: la fin de la créativité des chapeaux made in France. Au lieu de relever le défi de réaliser telle forme imaginaire de chapeau d’après un croquis, les maisons du luxe seraient alors contraintes d’utiliser les formes de chapeaux déjà existantes…

Valoriser le label made in France
Les artisans peuvent encore transformer leur savoir-faire en marque et de créer des produits à l’attention de divers clients et même de particuliers, insiste Donald Potard auprès des artisans présents dans l’assemblée. L’heure est à l’entreprenariat et non plus à la dépendance des commandes des maisons du luxe. Véritable défi à relever pour nombre d’artisans, souvent de très petites entreprises, habituées à œuvrer dans l’ombre des commandes des maisons de luxe, et non dans l’univers du luxe globalisé et sur le devant de la scène…

http://ecoloinfo.com/2009/12/03/artisans-du-luxe-en-voie-de-disparition-1/

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BLOGUEUSE RESPONSABLE

30 novembre 2009

Cher lecteur,

En marge de l’article sur jean-Paul Cauvin, tu trouveras ici le texte d’un article que j’avais rédigé pour le site “web attitude” dont tu trouveras le lien ci dessous.

Dans les années 90 à Paris, une grande rédactrice en chef a été licenciée de son prestigieux magazine de mode parce qu’elle avait refusé de retirer des pages consacrées à un jeune créateur, au profit de l’un des grands annonceurs du magazine.

Dix ans plus tôt, cela aurait été impensable. Les jeunes créateurs faisaient la une de tous les magazines de mode et de la presse quotidienne. Libération consacrait un cahier spécial pour les défilés signés par les meilleures plumes. Dans le Figaro, les photos des défilés de parfaits inconnus faisaient la couverture du journal. Les années 90 ont signé la mort de l’indépendance des rédactrices. La montée en puissance des groupes de mode a accéléré le processus.

Force est en effet de constater que la liberté de ton des journalistes a décru proportionnellement au fur et mesure que la taille des maisons ou plutôt des groupes de luxe augmentait.

Quelle journaliste de la presse magazine aurait le culot de critiquer ouvertement un défilé Dior? Ce sont immédiatement toutes les publicités du groupe LVMH : mode, joaillerie, parfums, presse, alcools, qui se retireraient des annonceurs. Cela inclue une cinquantaine de marques. Suicidaire.

En conséquence, il ne faut pas s’étonner, que ce soit trop souvent l’annonceur qui soit également le rédacteur en chef dans la presse magazine. Ce qui fait que les maisons qui n’ont peu ou pas de budget publicitaire en font les frais.

Mais il y a pire.

Dans les années 80, les rédactrices de mode et les journalistes des quotidiens assistaient a TOUS les défilés, y compris et surtout à ceux des jeunes créateurs. Il fallait être la première à « découvrir » les nouveaux talents. Tous les jeunes créateurs avaient droit au moins à une pigiste.

Aujourd’hui, inspirées par le Vogue US, les rédactrices en chef n’assistent désormais le plus souvent qu’aux défilés de leurs clients publicitaires ou des chouchous qu’elles veulent lancer. Pour les jeunes créateurs, à part de rares exceptions, elles ne prennent même plus la peine d’envoyer ne serait-ce qu’une débutante.

Et pourtant, n‘est ce pas chez les jeunes créateurs que bouillonnent et tourbillonnent les nouvelles idées ? Ne sont-ce pas eux qui se saignent au quatre veines pour montrer leurs créations devant un parterre à moitié rempli, et la plupart du temps garni avec des copains pour faire la claque, remplacer les journalistes défaillantes et garnir des premiers rangs aux sièges marqués de noms prestigieux mais aux trois quarts vides. L’histoire circule que l’un de nos jeunes couturiers les plus talentueux a vendu son appartement pour payer ses défilés. Cela ne mérite t’il pas considération?

Tant de talents gâchés, tant d’énergie perdue pour essayer de se lancer ! Et cela dure depuis 20 ans.

C’est ici que les blogueuses on un rôle d’importance à jouer. Non inféodées aux diktats de la publicité, elles ont une place toute indiquée dans le paysage de l’information. Aujourd’hui, ce sont souvent elles, au moins autant que les journalistes de la presse magazine qui donnent le ton.

La presse papier ne s’y trompe pas qui voit cette émergence comme un nouveau modèle à suive.
Les grandes maisons non plus qui ont déjà commencé à s’intéresser à cette tendance et invitent des blogueuses à leurs défilés en les traitants avec autant d’égards que les journalistes de la presse magazine.

C’est une très bonne chose qu’elles soient invitées dans des défilés prestigieux, et qu’elles découvrent l’intégralité de ce que propose la planète mode, mais qu’elles fassent attention à ne pas oublier les jeunes créateurs en tombant dans le snobisme parisien du tout ou rien.

Les blogueuses gagnent en importance médiatique chaque saison. Leur rôle et leurs responsabilités également. Libres d’écrire en toute indépendance, elles doivent faire le travail que les rédactrices ne peuvent plus accomplir, prenant ainsi le relais d’une presse mode qui ne joue plus son rôle de prescripteur pour les jeunes tendances.

Ainsi, elles doivent insister après des attachés de presses de ces jeunes couturiers ou créateurs pour aller assister à leurs défilés, et les commenter au même titre que ceux des grandes maisons.

La liberté de ton que l’on trouve dans les blogs doit favoriser la jeune création. Les blogueuses représentent un espoir considérable pour les nouvelles maisons. Il ne faut pas qu’elles passent à coté de la formidable occasion de rétablir l’équilibre médiatique apporté à la mode dans son ensemble.

Donald Potard

http://www.webattitude.fr/2009/07/les-blogueuses-et-la-mode-par-donald-potard-psdt-agent-de-luxe-et-ex-pdg-du-groupe-j-p-gaultier/

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